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CONTENANT LES

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dispersées ihms divers Kecweils et qui n'ciu pas encore élé réunies jusqu'à ce jour

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G. MASPERO

Uembre de l'Inslilnt

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Profetteur au Collège de France

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ŒUVRES DlVERSEwS

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F. CHABAS

ŒUVRES DIVERSES

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ÉGYPTOLOGIÛUE

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ÉGYPTOLOGIQUE

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ŒUVRES DES ÉGYPTOLOGUES FRANÇAIS

dispersées dans divers Recueils et qui n'ont pas encore été réunies jusqu'à ce jour

PUBLIKB sous LA DIIIKCTI-ON DK

G. MASPERO

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Directev «l'élndef à l'École pratltine des Haotes-éloilet

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PARIS

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR S8, RUB bomapartk, 28

1902

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F. CHABAS

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SHALON-SUB-SAONE : fhancaisb. BT orientale db l. harceau, B. BERTRAND, avco'.

F. CHABAS

ŒUVRES DIVERSES

PUBUÉBS PAR

G. MASPERO

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TOME DEUXIÈME

PARIS

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR

2d, ROB BONAPARTE, 28 1902

TRADUCTION ET ANALYSE

DE

L'INSCRIPTION HIÉROGLYPfflQUE D'IBSAMBOCL

CONTENANT LE RÉCIT d'un ÉPISODE DE LA GUERRE DE RAMSÈS H

CONTRE LA CONFÉDÉRATION DES h'iTAS^

. I

Peu de contrées ont captivé l'attention des savants et des voyageurs au même degré que TÉgypte : la lointaine anti- quité de ses traditions défigurées dans les auteurs clas- siques, les monuments imposants dont les ruines témoignent encore de sa puissance et de sa civilisation, les scènes gran- dioses qui y sont retracées, les légendes si longtemps mys- térieuses qui les recouvrent de toutes parts, qui rampent sous le sol dans les hypogées^ s'étendent sur les murs des palais et des temples et s'élancent jusqu^aux sommets des obélisques, tout contribue à donner à la vallée du Nil un cachet particulier , un charme irrésistible . Aussi , sans

1. PnbUé dans la Reçue archéologique, 1'* série, 1859, t. XV, p. 573-588, 701-736. Il n'est pas inutile de rappeler que la Tivacité du ton de cet article détermina la retraite d'une partie des savants qui avaient collaboré jusqu'alors à la Revue archéologique; le comité de rédaction se réorganisa, et décida de commencer une seconde série du journal. G. M.

BiBL. ÉoypT., T. X. 1

2 l'inscription hiéroglyphique d'ibsambodl

remonter bien haut, combien d'écrivains ont pris l'Egypte pour texte' 1

Mais dans le déluge d'ouvrages que nous a valu cet entraî- nement, il en est bien peu pour lesquels on ait mis & profit la science du déchiffrement des hiéroglyphes. On a pu clas- ser heureusement une partie des listes dynastiques à l'aide de la lecture des cartouches royaux que leur encadrement isole dans les inscriptions et dans les manuscrits, mais les événements des règnes n'ont pas encore été déchiffrés dans les testes, si nombreux cependant, que les recherches mo- dernes ont mis à notre disposition. On a établi le cadre, mais le tableau est à peine ébauché. Il en est de même dans le domaine de la mythologie et des institutions. On connaît des listes de dieux, mais on n'a pas encore publié la tra- duction correcte d'un seul chapitre du livre funéraire.

Toutefois, il ne faut pas se plaindre de cette stérilité apparente ; rappelons-nous, en effet, que nous ne sommes qu'à trente-cinq ans du prenvier essai sérieux, et que Cham- pollion n'a laissé aucun disciple capable de continuer immé- diatement son œuvre interrompue par la mort. La renais- sance du goût pour les hiéroglyphes ne date guère que de dix anSj et il serait souverainement injuste de dénigrer les beaux succès obtenus dans cette courte période ; reconnais- sons au contraire que l'examen des textes a été fait avec une louable activité, et que la méthode de déchiffrement est devenue beaucoup plus sévère dans ses procédés et beau- coup plus sûre dans ses résultats.

C'est surtout dans ce perfectionnement de la méthode que " consiste le progrès, quoique le nombre des traductions bien faites soit encore fort petit. Ces traductions portent déjà sur des sujets variés ; elles servent à constater, à élucider divers faits de l'histoire, de la géographie, des mœurs et des croyances, mais elles ne forment, quant à présent, aucun

1. Voyez Bibliotheca yEgypUaca, D' H. Jolowioi, Leipzig, 1858.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 3

ensemble de quelque importance. Ces utiles travaux se mul- tiplient, du reste» rapidement à mesure qu'on avance dans rintelligence. des textes ; ils méritent d'être encouragés, car ils formeront bientôt le fonds commun de notions arrachées aux sources originales^ dans lequel il faudra puiser exclusi- vement pour l'œuvre de la reconstitution de la langue et de l'histoire de l'Egypte.

En vue d'une œuvre aussi importante, il serait téméraire d'agir avec précipitation. Il faut savoir se réserver, il faut perfectionner l'instrument d'analyse au lieu de l'employer aveuglément au risque de le forcer. Malheureusement l'at- trait des solutions prématurées est trop souvent venu contre- balancer les prescriptions de la saine prudence. Dominé par l'esprit de système ou par un enthousiasme immodéré, plus d'un investigateur est parvenu à lire dans les hiéroglyphes, non ce qui s'y trouve réellement, mais ce qu'il y cherche, et une fois lancé sur le chemin glissant de l'arbitraire, il est rapidement descendu jusqu'à l'absurde.

D'aussi regrettables écarts ont eu pour conséquence d'éloi- gner de l'étude des hiéroglyphes bon nombre d'esprits sérieux, rendus incrédules par le défaut de critique qui carac- térise les productions auxquelles je fais ici allusion ; la pha- lange des égyptologues se recrute avec lenteur; à peine quelques travailleurs zélés continuent la tâche de Champol- lion et exploitent intelligemment la mine si riche et si vaste qui réclame des légions d'ouvriers.

Il est vrai que l'accès de la science hiéroglyphique est difficile : quand il a parcouru la grammaire de Champollion et gravé dans sa mémoire les mots du dictionnaire, l'étu- diant est encore fort loin du point qu'ont atteint les progrès récents. Il peut, à la vérité, rechercher les traces de ces pro- grès dans les ouvrages des égyptologues modernes, et pour y parvenir, il faut fouiller les revues savantes de la France^ de l'Angleterre et de l'Allemagne ; mais une étude superfi- cielle de ces travaux n'aboutirait à rien ; l'investigateur doit

4 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

chercher, par la collation attentive des textes, à se rendre compte de la justification des traductions, et il ne peut y réussir qu'en faisant, pour son propre compte, Tobservation analytique de tous les textes qu'il pourra se procurer, de manière à classer méthodiquement les mots et les formes de la langue. Ce travail est lent et pénible, beaucoup plus qu'il n'est diflRcile ; c'est, toutefois, le seul moyen de remplacer, pour l'étude d'une langue oubliée par les hommes, les voca- bulaires et les grammaires que nous ne possédons plus. On ne doit- pas s'imaginer, en effet, que les hiéroglyphes se tra- duisent d'inspiration ou par une méthode arbitraire. Dans la réalité, ceux qui les comprennent véritablement les inter- rogent, comme s'il s'agissait du grec ou du latin, à l'aide d'un vocabulaire, c'est-à-dire d'un tableau raisonné donnant les différents emplois des mots, et d'une grammaire, c'est- à-dire de l'observation des règles et des formes du langage. Cette grammaire, ce vocabulaire, sont le fruit de la dissec- tion des textes hiéroglyphiques et de la comparaison des passages dans lesquels se rencontrent un même mot, une même forme. On procède ainsi laborieusement du connu à l'inconnu, et lorsqu'un pareil système affirme ses résultats, il est en mesure de les démontrer et de défier la critique la plus méticuleuse.

Les égyptologues, et je n'accorde ce nom qu'aux adeptes de la méthode dont je viens de donner une idée, possèdent tous des notes manuscrites considérables dont la réunion, si elle était possible, présenterait le tableau complet de la science à son degré actuel d'avancement. Mais ces notes sont loin d'être suffisantes ; chaque heure d'étude fait naître des observations nouvelles, qui confirment, complètent ou rectifient les notions précédemment acquises. Toujours de nouvelles pages s'ajoutent aux pages écrites, et l'on ne peut encore prévoir l'époque à laquelle le livre sera terminé. Aussi la publication ne peut-elle en être entreprise que par frag- ments détachés. Il suit de que le débutant est astreint à

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 5

recommencer les recherches déjà faites bien des fois et à redécouvrir des faits déjà constatés par d'autres. C'est là, on le conçoit aisément, l'un des plus grands écueils de cette étude, quand on veut s'y appliquer sérieusement, quand on veut suivre l'exemple qu'ont donné M. S. Birch, en Angle- terre, et M. de Rougé, en France. Mais à côté de cette mé- thode lente et pénible, il existe un système commode d'inter- prétation des hiéroglyphes ; celui-ci se contente de la lecture d'un petit nombre de mots déjà expliqués plus ou moins cor- rectement par ChampoUion, et de quelques groupes nou- veaux comparés à des homonymes plus ou moins rapprochés dans le copte, ou dans les langues sémitiques. Avec un peu d'imagination, la phrase se complète suivant le bon plaisir du prétendu traducteur. II est à peine nécessaire de faire observer qu'un semblable système est aussi loin de la mé- thode analytique, que les vues de MM. Spohn et Seyffardt sont loin de celles de ChampoUion.

Il importe néanmoins que cette distinction soit hautement proclamée, car il ne faut pas que Tinanité des résultats obte- nus par de vains systèmes soit plus longtemps une pierre d'achoppement pour le développement d'une science dont la découverte est une des plus grandes gloires de notre pays.

J'écris ceci sous l'impression que m'a laissée la lecture d'un article publié récemment par M. François Lenormant, dans le Correspondant (t. VIII, livraison, février 1858), sous le titre de : Les Livres chez les Égyptiens (2" article). L^auteur y a réuni d'excellentes citations empruntées lit- téralement à M- S. Birch et à M. de Rougé, mais en y mêlant des traductions d'une autre origine qui semblent se présenter au lecteur avec le même degré d'autorité, bien qu'elles n'aient absolument rien de commun sous le rapport de la méthode qui les a produites.

L'une de ces bonnes citations est le poème de Penta-Our, traduit par M. de Rougé sur le texte original conservé au Musée britannique (Papyrus Sallier n"* 3). La traduction

6 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

de M. de Rougé, que j'ai suivie groupe par groupe, est un admirable spécimen de la méthode analytique, mise en œuvre par un esprit pénétrant et expérimenté. Voici le sujet du poème :

Dans sa seconde expédition contre les H'itas, le roi Ramsès II, trompé par ses émissaires, s'est imprudemment séparé du gros de son armée; surpris par l'ennemi, il voit sa faible escorte mise en déroute et ne doit son salut qu'à un prodige de bravoure. Sorti vainqueur du combat, Ramsès rend gloire à Ammon dont le bras l'a sauvé ; puis il rallie son armée, la ramène au combat et force les H'itas à im- plorer une trêve.

Le papyrus qui contient cette remarquable composition n'est malheureusement pas entier ; nous n'en possédons plus que les deux derniers tiers ; la partie perdue exposait les événements jusqu'au moment l'armée des confédérés se précipite sur l'escorte du pharaon ; mais, ainsi que le fait remarquer M. de Rougé, « Thistorien pourra combler en )) partie cette lacune à l'aide des bulletins officiels de la » campagne que les tableaux d'Ibsamboul et du Ramesséum » nous ont conservés presque intacts, » et en effet, cet excellent égyptologue fait précéder sa traduction d'une analyse très exacte de l'inscription d'Ibsamboul, dans laquelle les faits sont racontés avec beaucoup de clarté et d'enchaî- nement logique.

M. F. Lenormant semble n'avoir pas aperçu cette analyse, lorsqu'il s'exprime en ces termes :

(( Je ne sache personne qui se soit occupé spécialement de )) l'inscription qui accompagne les tableaux du Ramesséum » de Karnak^ mais celle du Spéos d'Ibsamboul, presque » identiquement semblable, a servi de texte à mon père dans » son cours de Tannée 1855 ; il en a donné alors une traduc- » tionet un long commentaire. L'inscription d'Ibsamboul est » loin d'être complète, les trente et une premières colonnes » d'hiéroglyphes sont seules parvenues intactes jusqu'à nous,

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 7

» et toute la fin est entièrement perdue. Par un heureux » hasard, cette inscription comprend le récit des faits qui » manquent dans le Papyrus Sallier, et la partie intacte » s'arrête au point commence ce que le poème nous a » conservé. Elle nous servira donc à compléter Tenchaî- » nement de la guerre, et nous commencerons par rapporter » les points principaux de l'inscription comme introduction, » avant d'aborder l'analyse du manuscrit. »

Et ici M. Lenormant» procédant tantôt par analyse com- mentée, tantôtpar traduction^ donnede l'inscription d'Ibsam- boul une interprétation qui nous explique parfaitement pourquoi il n'a pas reconnu l'analyse de M. de Rougé ; puis il rattache sans transition ce chef-d'œuvre d'imagination au poème de Penta-Our qui se trouve ainsi complété d'une manière fort inattendue.

J'ai voulu, à mon tour, étudier le texte d'Ibsamboul, et je présente aujourd'hui aux lecteurs de la Revue^ le résultat de cette étude.

L'inscription dont il est question a été copiée d'abord par Champollion ; elle occupe les planches XXVII, XXVIII et XXIX de son grand ouvrage ; une seconde copie est due à l'Expédition scientifique prussienne, sous la direction de M. hepsins {Denkmâler, III, 187). La copie de Champollion, indépendamment d'un grand nombre de signes erronés, présente des lacunes considérables : la sixième et la trente- troisième lignes ont été omises en entier par le copiste, de même que la moitié inférieure de la trente-sixième et de la trente-septième. Aussi, aux endroits correspondants, le texte est-il absolument inintelligible, ainsi qu'on se l'imagine aisément. Cependant, toute fautive qu'elle est, la copie de Champollion sert à justifier la correction de quelques erreurs dans celle de M. Lepsius. Toutes les deux sont assez heureu-

1. La Reçue archéologique dans laquelle cet article fut publié en 1859. G. M.

8 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

sèment complétées par le texte relevé par J. Bonomi à Thèbes et publié dans le recueil de Sharpe {Egyptian Inscriptions, 2»** Ser., pi. LU). Bien que peu de lignes, dans ce texte, soient intactes, il est néanmoins d'un très grand secours parce que les parties conservées ont été généralement copiées correctement. Aussi l'examen comparatif de ces trois textes m'a-t-il permis d'arriver à une traduction littérale rigoureuse de la presque totalité de l'inscription ; j'aurai du reste le soin de faire ressortir les passages douteux, lorsque j'abor- derai le travail analytique.

Je me propose d'opposer mes résultats à ceux de M. Lenor- mant, en renvoyant à la fin de l'article la traduction inter- linéaire et la discussion analytique des groupes principaux qui ne s'adressent qu'à un nombre fort limité de lecteurs. Je me bornerai, quant à présent, à quelques observations préli- minaires.

D'abord, en ce qui concerne la transcription des mots égyptiens, je conserverai celle que j'ai adoptée dans mon mémoire sur le Papyrus Prisse ; elle présente l'avantage de n'employer que les lettres de l'alphabet français et de rendre un signe unique par une lettre unique, lorsqu'il n'est pas syllabique. Je rappelle que //' est l'aspiration forte i6, s', shj og, et t\ tj ou t3, rx.

Dans les textes, la personne des rois est désignée par des formules variées dont la traduction littérale encombre le récit de répétitions fatiguantes et bizarres ; l'une des plus ordi- naires est , AA-PER-Ti, la double grande demeure; à cette dénomination est souvent attaché, de même qu'aux cartouches royaux, le qualificatif y | h abréviation de -r- il r J ^ onh' out'a senv, la vie saine et forte. Je noterai encore le groupe y 'ïï que M. Birch lit h'er-ew, et dont l'identité

de fonctions avec notre expression Sa Majesté, a été constatée par ChampolUon et bien vérifiée par ses disciples. Les rois

l'emploient également à la première personne '• y V^, h'er-a.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 9

comme s'ils disaient Ma Majesté.,, Je traduirai ces dif- férents groupes par le roi ou par Sa Majesté, selon que le contexte l'exigera.

Le nom des peuples ennemis de l'Egypte est fort souvent accompagné d'épithètes méprisantes. C'est ainsi que celui du peuple H'ita est presque toujours qualifié par Texpression

5=^, h'er, qui signifie tombé ^ renversé, terrassé, ainsi

que le démontrerait suffisamment l'homme étendu sur le sol qui sert de déterminatif au groupe. Des centaines d'exemples concluants peuvent être cités à l'appui de ce sens. Je mention- nerai seulement l'expression ^^^i^l, h'er hi ho,

tomber sur la/ace, comme au Todtenbuch, chap. cxxxiv, ligne 7. La formule h'er en-h'ita signifie à la lettre : Le terrassé de H'ita. L'ennemi de l'Egypte était ainsi carac- térisé comme écrasé, vaincu, à la merci du vainqueur. Mais pour éviter la monotone répétition de cette formule, je traduirai simplement l'abject H'ita, ChampoUion, séduit par le rapprochement du copte ig^^pi, plaie, traduisait : la plaie du Scheto^ ; M. Lenormant l'imite^ en aggravant l'erreur par une assimilation de cette expression à celle de Fléau de Dieu, qu'Attila avait méritée. Celle-ci rappelle, en effet, la terreur qu'inspirait le Hun impitoyable, tandis que Texpression égyptienne, qui s'applique indistinctement à toutes sortes de peuples ennemis, ne comporte qu'une idée de défaite, d'abaissement, d'abjection. H'er n'est pas plus og«kpi, plaga, que ^^p, corium, pellis.

Une autre qualification de la môme espèce est '^^ ,

II

h'es, quelquefois h'esi, vil, humilié. Employé comme verbe, h'es se trouve dans les textes avec le sens avilir, humilier, comme par exemple dans ce passage du Papyrus Sallier III, 2/5 : Amen er h'esi h'imou neter, Ammon humiliera ceux qui ne connaissent pas Dieu, et dans [le

1. Lettres écrites d'Egypte^ p. 120.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

yrus Prisse, VII, 7 : ar h'esbk s'es sa aker : s'il milie de seroir un homme sage.

hampollion avait mécoonu la valeur phonétique du signe ' qu'il lisait tantôt ouo, tantôt rot' et dont la véritable Lire est H'. Il ignorait également la signification du ipe , h'a-t, qui veut dire le ventre et que, par euphé- me, on traduit par sein, entrailles, Jlancs. Ce mot plique du reste à tout l'intérieur du corps humain : t la cavité qui renferme le cœur', celle dans laquelle complit la respiration' ; ce sont les viscères de la diges- *, c'est l'intérieur de l'œuf, le corps, ou comme nous ns, le cœur de l'arbre', c'est le sein maternel', e nom d'un serpent mythologique est : s'am hi h'a-t-ew, / qui marche sur son ventre'. Il n'est, en définitive, m mot dans aucune langue dont le sens soit mieux ftaté. Dans le groupe <=> S), h'rot, copte «pori, proies, mpollion considérait le signe initial comme exprimant on ROT, dont les deux derniers signes n'eussent été que léonasme phonétique à peu près comme cela se passe 3 le mot •¥■ , onh', la de. Cette erreur lui avait fait iidérer l'adjectif "^s. comme une expression com-

te : ROT-ES-HOU, sa race est mauvaise', dont la race naucaise. Aujourd'hui, la lecture h'es et la signification tilié, bas, cil, sont hors de toute discussion. Toutefois,

Dictionnaire égyptien, p. 103.

Sharpe, Egypliaa Inscriptions, 1" Ser., 45-11 ; Papyrus Sal-

■II, 3 '9.

Todlcnbuck, 78-21.

Todtenbuch, 82-2.

GieeDC, Fouilles à Thébes, I, 1.

Todtenbuch, 155-2.

Denkmàler, III, 29.

Todlenbuch. 149-16.

Lettres écrites d'Egypte, p. 120.

[

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

11

M. Lenormant, dans une de ses notes, persiste à voir dans , race, au lieu dejtancs (ventre), de même qu'il persiste

à lire ///aie dans h'br.

Ce sont là, du reste, les deux seules modifications qu'il juge à propos d'introduire dans la traduction de M. de Rougé, contre laquelle il exprime cependant des réserves bien faites pour surprendre Thonorable académicien.

Je place maintenant en face l'une de l'autre ma traduction et l'œuvre de M. Lenormant :

M. Chabas

L'an V, au troisième mois de Tété, le neavième jour, sous le règne du roi de la Haute et de la Basse- Egypte, Ramsès II, aimé d'Ammon, vivant à toujours. Sa Majesté était alors au pays de T'ahi, dans sa deuxième expé- dition de conquête. Bonne garde était faite sur la personne du roi dans la tente de Sa Majesté, au fossé méridional de Kates'.

Le roi se leva semblable à la lumière du soleil; il prit la pa- rure de son père, le dieu Mont {F armure des combats), et con- tinua sa marche. Sa Majesté s'avança jusqu'au midi de la forteresse de S*abton.

Deux S'asou vinrent dire au roi : « Parmi nos frères que le H'ita a placés dans les grands

M. Lenormant

Le récit commence au début de la campagne. Le roi d*Égypte, à la nouvelle de Tinvasion des Schétos, s est mis en marche à la tête de son armée ; il est parti de la ville de Schebtoun au Sud. Trompé par de faux avis, il est venu établir son camp à Paa- mauro, un peu à l'ouest d'Ëtescb, tout près de la grande armée des Schétos, qu'il croit encore éloi- gnée et qui est établie à peu de distance de là, au sud de la ville, à deux journées de Libou\ au sud de Tounar. Deux espions de l'ennemi ont été arrêtés dans le camp égyptien, et on les amène devant le roi pour être interrogés.

1. C'est du groupe , Il ^ JL (qui se montre avec la variante 0<^^ n>9 n ^ W I J -Zr ' '

U <^S^(| qX) H'irabou, U'iraba) que M. Lenormant fait à deux

journées de Lihou,

12 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

officiers, on nous a envoyés pour parler à Sa Majesté. Nous agi- ronsen serviteu^du roi. Lorsque le H*ita nous retenait dans son voisinage, l'abject Hlta était établi à H'iraba, au nord de Tunep. Il redoute Sa Majesté au point de battre en retraite.

Nous avons^ dans ce premier paragraphe, le discours des deux espions de Tennemi ; ils appartiennent à la nation des S'asou, qu'on voit apparaître plusieurs fois dans les textes militaires ; comme ils ne sont pas nommés parmi les peuples alliés des H'itas, on est autorisé à les considérer comme une tribu nomade qui vendait ses services à Tune ou à Tautre des parties belligérantes. Le discours de ces espions à Ramsès est fort intelligible : c'est parmi des personnages de leur espèce que le H'ita a choisi des Mahotous, officiers dont les fonctions ne nous sont pas connues. On les a envoyés faire au roi quelques communications, mais ils pro- testent de leur dévouement à son service, et pour preuve lui révèlent la position qu'occupent les ennemis.

La suite montrera que ces paroles n'étaient qu'une feinte pour tromper le roi d'Egypte.

Je ne me charge pas de rapprocher des hiéroglyphes la glose de M. Lenormant; mais je vois qu'il méconnaît com- plètement le discours des deux espions, et je serais vérita- blement curieux de savoir dans quel endroil du texte il a découvert que Ramsès avait été trompé par de faux aois^ puisqu'il a lu tout autre chose dans le seul passage qui ait trait à ces faux avis.

En revanche, M. Lenormant rencontre le discours des S'asou précisément au moment ces derniers ont disparu de la scène, et dans un passage qui ne contient pas de dis- cours ; puis, dans ce discours qui n'existe pas, il découvre de bien magnifiques choses :

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

13

« Ici, dit M. Lenormant nous traduisons l'inscription 0 dans laquelle toute cette scène est racontée de la manière la » plus remarquable. A la grandeur et à la sauvage fierté des » réponses que les captifs scy thés adressent au pharaon, on » croirait entendre des prisonniers germains dans un récit » de Tacite. Ces réponses présentent un grand intérêt par » la manière dont elles distinguent entre les dispositions » guerrières des envahisseurs scythiques, prêts à engager la » lutte avec les forces égyptiennes, et les inclinations paci- 1) fîques de la population des villes, probablement d'origine )i sémitique, tremblant devant la puissance des fils de » Mitsraim et prête à se soumettre, mais opprimée par les » redoutables étrangers qui occupent son territoire. » C'est merveilleux, sans doute, mais lisons le texte :

M. Chabas

Voilà ce qu'avaient dit les deux S*asou» les paroles par eux dites au roi étaient une rase : le H'ita les avait envoyés pour dé- couvrir ce que faisait le roi, afin d'éviter que l'armée de Sa Ma- jesté s'embusquât pour attaquer le H'ita. Mais déjà l'abject H'ita était venu avec les généraux de toutes les nations, fantassins et cavaliers, qu'il amenait pour les faire participer à ses victoires, et il se tenait embusqué derrière Kates', la ville coupable. Le roi l'ignorait; il continua sa marche et ti^aoança ju$qu!au nord-ouest deKaiei\

M. Lenormant

Voici la parole des deux pas* teurs, la parole qu'ils disent à Sa Majesté : « En multitude est le Schéto, il se bâte pour s'opposer au commandement de Sa Ma- jesté, car il n'a pas peur de ses soldats. Voici que la plaie de Schéto vient avec tous les chefs de tous pays, les fantassins, les cavaliers qu'ils ont amenés pour livrer la bataille. Cependant l'immobilité suffocante de la crainte est dans l'intérieur d'E- tesch, cette misérable ville. Ils invoquent Sa Majesté, dont ils connaissent la sévérité, afin de pouvoir lui dérober leurs tré-

1 . Les mots soulignés ne se trouvent pas à Ibsamboal . Je les ai tra- duits dans les textes de Bonomi.

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l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

Le roi étant installé sur son trône d*or, vinrent les espions qui étaient à son service; ils amenaient deux espions de lab- ject H'ita. On les présenta au roi . Sa Majesté leur dit : a Qui êtes- vous?» Ils lui dirent: ((Nous sommes à l'abject H'ita; c'est lui qui nous a envoyés pour décou- vrir le lieu se trouve Sa Ma- jesté. »

Sa Majesté leur dit : (( Il a déserté Tabject H'ita, car j'ai en- tendu dire qu'il est dans le pays de H'iraba. »

Ils expliquèrent que l'abject H'ita s'était levé avec les nations nombreuses qu il avait amenées avec lui pour les faire participer à ses victoires, de tous les peuples qui sont dans l'étendue des pays de H'ita, du pays de Naharaïn et de Kati tout eniier, toutes (ces nations) pourvues d'archers et de cavaliers, avec des munitions considérables et des approvision- nements de bouche, ei il fut révélé qu'ils se tenaient prêts à attaquer, derrière Kates', la ville coupable.

Alors le roi fit appeler les généraux en sa présence pour qu'ils entendissent tout ce qu'a- vaient dit les deux espions de H'ita qui étaient devant lui.

sors. » Un des deux serviteurs de Sa Majesté, qui avait amené 1^ espions de la plaie de Schéto, tremblant en sa présence, leur dit de la part de Sa Majesté : (( O vous, répondez. Que disent les rebelles de la plaie de Schéto? Dites-nous-le vite, par Tordre de Sa Majesté I » Et ils répondirent au roi : « Elle s'est levée la plaie de Schéto, ô roi modérateur de l'Egypte, pour une parole or- gueilleuse prononcée par vous aux Babaî\ Elle vient, la plaie de Schéto, persistant avec les nations nombreuses qu'elle a amenées pour en venir aux mains, de toutes les contrées qui sont du côté de la terre de Schéto, du pays de Naharaïn et de celui de Ta- ta, puissante par l'étendue de ses fantassins et de sa cava- lerie, à cause de leur impétuosité exaltée par (les multitudes) nom- breuses qui s'étendent comme le sable, qui se répandent avec la rapidité de la flèche. Cependant l'immobilité de la crainte du combat est sur Etesch, la ville mauvaise ; les habitants attendent le bon plaisir de Sa Majesté, interpellant en face les chefs pour qu'ils fassent leur paix. ))

1. Ici les H'iraba deviennent les Babaï, <( les Abii, les plus justes des hommes », dit Homère (voir p. 9, note 1)*

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

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Ma traduction suit une marche simple et régulière qui serait presque une justification suffisante. Après le faux rapport des deux S'asou, Ramsès s'est imprudemment rap- proché de Kates' et de l'armée ennemie, embusquée derrière cette ville; deux nouveaux espions sont arrêtés de vive force et amenés devant le roi; dans Tune des peintures accessoires de la scène, on voit ces deux espions soumis à la bastonnade et demandant grâce ; la légende de ce petit tableau sert de commentaire, pour cet épisode, à la grande inscription; elle se lit avec toute certitude :

a Arrivée de l'espion du roi, amenant deux espions de » l'abject H'ita devant Sa Majesté. On les bat devant le roi » pour leur faire dire est l'abject H'ita. »

Les deux H'itas révèlent alors la véritable situation de l'armée ennemie, et le roi fait appeler ses généraux pour les gourmander sur leur défaut de vigilance.

M. Lenormant disloque et transforme ce texte simple et facile; il en fait la harangue inintelligible qu'on vient de lire et pour laquelle il n'a pas encore épuisé les témoignages de son admiration, ainsi qu'on va le voir dans la glose sui- vante :

M. Chabas

Le roi leur dit ses géné- raux): (( Découvrez le fait des préposés aux provinœs étran- gères et des généraux qui sont au pays est le roi. Ils ont fait dire au roi dans rexercice de leur charge : « Le H*ita est au pays de H'iraba ; il se retire devant Sa Majesté depuis qu'il en a entendu parler», et cependant il leur ap- partenait de me faire savoir dans

M. Lenormant

La hardiesse d'un pareil lan- gage surprend et indigne les Egyptiens ; la parole qui nous était adressée, le déB des mau- dits, des vaincus aux chefs qui étaient autour du roi les fit s'écrier : « Périsse le pays de Schétol Et pour le défi des Babaï ^ , que leur terre disparaisse de devant Sa Majesté, forte par son activité, à cause de la plainte

1. Encore les Bahaï! Infortunés HlrabasI

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l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

Texercice de lear charge ce que je viens d'apprendre à cette heure en faisant parler les deux espions de l'abject H'ita; leH'ita et les nations nombreuses qui raccompagnent avec hommes et chevaux, comme un sable nom- breux, se tiennent prêts à atta- quer, derrière Kates', la cou- pable, et cependant les préposés aux provinces étrangères, ni les généraux qui commandent les terres du roi, ne l'ont pas su . »

Ces choses dites, les généraux qui étaient devant le roi dirent que les préposés aux provinces et les généraux du roi avaient commis un acte odieux en ce qu'ils ne s'étaient pas fait ren- seigner d'avance sur tout ce que faisait l'abject H'ita.

Tandis qu'ils parlaient. Sa Majesté ordonna d office ce qu'il y avait à faire, et cet officier fut chargé de courir à la recherche ' de l'armée du roi qui marchait au sud de S'abton, afin de le ramener au lieu se trouvait Sa Majesté.

Sa Majesté était encore assise à parler avec les généraux, lorsque l'abject H'ita vint avec ses ar- chers et ses cavaliers et avec les nations nombreuses qui l'accom- pagnaient. Ils passèrent le fossé qui est au midi de Kates' et se précipitèrent sur l'armée du roi

qu'ils ont osé faire devant le

roi. »

Ramsès lui-même, du haut de son trône, joint sa voix au con- cert des imprécations de ses offi- ciers; il ordonne de mettre à mort les deux espions, et dans l'exaltation de son orgueil blessé, il appelle, comme Rodrigue, ses ennemis au combat : « Parle

1. Les mots en italique correspondent à une laoune dans le texte.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

17

r

qui continuait sa marche et qui ne savait rien.

Alors devant eux faiblirent les archers et les cavaliers du roi qui se rendirent au lieu se trou- vait Sa Majesté, et déjà la troupe de Tabject H'ita avait en- entouré les serviteurs du roi qui étaient auprès de Sa Majesté. Alors le roi vit cela, il fut contre eux comme une panthère, sem- blable à son père le dieu Mont, seigneur de la Thébaïde. Il se revêtit de ses parures de combat et saisit sa lance ; il était pareil au dieu Baar^ à son heure ter- rible. Voilà qu'il monta à cheval et prit son élan. Il était seul de sa personne, il pénétra dans la troupe de l'abject HMta et des nations nombreuses qui raccom- pagnaient. Sa Majesté, semblable au dieu Souteh', le très vaillant, sabrait et massacrait au milieu d'eux, et les forçait à se jeter renversés l'un sur l'autre dans les eaux de l'Arànta.

« Toutes les nations me res- pectent! (dit le roi), car j'étais seul ; mes archers et mes cava- liers m'avaientabandonné;pas un d'eux n'a tenu ferme pour reve- nir au secours de ma vie! Mon amour, c'est Phra ; ma louange, c*est mon père Toum I Tout ce que j'ai dit, je lai fait véritable- ment devant mes archers et mes cavaliers. »

BiBL. ÉGYPT., T. X.

maintenant, terre de Schéto, viens avec toutes les contrées qui te sont soumises, tes multitudes d'hommes et de femmes, tes chevaux nombreux comme les grains de sable. La crainte qui presse Etesh, cette cité maudite, terrassera aussi les princes des nations et tous les chefs qui s'agitent dans le camp pour nous combattre. ))

L'armée se met en marche pour atteindre les Schétos et châ- tier leur insolence; elle rencontre, embusquées à quelque distance de son campement, les forces ennemies, et la lutte s engage avec violence.

f *

18 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

Dans la traduction qui précède, j'ai la conviction d'avoir resserré l'erreur possible dans des limites très étroites^ et j'affirme résolument que pas un passage essentiel n'est susceptible d'une correction de nature à modifier les sens que j'ai donnés ; quatre ou cinq expressions seulement laissent prise au doute. Je les discuterai dans la seconde partie de ce mémoire; les égyptologues qui compareront ma version avec le texte voudront bien réserver leur jugement jusqu'à l'apparition du prochain cahier de la Revue.

Quant à l'œuvre de M. Lenormant, je n'ai pas le courage d*en faire ressortir les incohérences. En la lisant, j'ai hésité à croire qu'elle fût applicable à l'inscription d'Ibsamboul, et mon hésitation n'a cessé qu'à l'inspection de quelques lam- beaux de traduction de différents textes, dans lesquels M. Lenormant me parait avoir suivi une marche tout aussi peu critique. Ce sont bien les fruits de la méthode que j'appellerai imaginaire, faute d'une expression qui rende mieux ma pensée .

S'il était vrai que les deux traductions que je viens d'op- poser l'une à l'autre fussent également possibles à des dis- ciples de ChampoUion, si l'erreur pouvait prendre des proportions pareilles, oh ! alors, disons adieu aux espérances qui ont salué la découverte de cet homme de génie; n'espé- rons pas être jamais en mesure de proposer à la saine critique des résultats dignes d'attirer son attention ; n'affirmons rien : rien de la langue^ rien de l'histoire, rien de la mythologie, rien de la géographie . Que les hiéroglyphes retombent dans leur oubli séculaire et que le nom de ChampoUion s'efface de la mémoire des hommes I Comment ! ce que l'un de ces prétendus interprètes rend par s'asseoir sur un trône d'or, un autre l'explique par dérober des trésors, et c'est peut-être une des moindres différences de deux versions d'un môme texte. De part et d'autre, nulle apparence de tâtonnement; tous lôs deux affirment leur œuvre et la commentent; ils semblent également sûrs d'eux-mêmes.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 19

Émules de Klaproth et de GoulianoflE, recommencez vos attaques! jamais vous n'eûtes aussi beau jeu.

Comme on le voit, je n'hésite pas à poser carrément la question. Travailleur indépendant, je n'ai rien à demander à Tégyptologie au delà de la satisfaction d'une passion pro- fonde pour cette étude si attrayante. Depuis six années, j'y consacre les instants trop courts que me laissent les travaux de ma profession et je suis arivé seul, sans système préconçu, sans parti pris^ libre de toute influence, à reconnaître la certitude rigoureuse du système de ChampoUion et les moyens de l'appliquer avec fruit. Je me sens en mesure de faire passer ma conviction dans l'esprit de tout homme intel- ligent et sans préjugés, et j'affirme qu'une traduction comme celle de M. Lenormant est absolument impossible, que jamais, par aucune considération dérivée des principes de Champollion^ le traducteur ne pourra justifier les sens qu'il a adoptés, ni môme expliquer ou atténuer ses erreurs. Un débutant dans Tôtude avouera, s'il est de bonne foi, son impuissance à traduire, mais ce n'est qu'en abdiquant son titre de disciple de ChampoUion qu'il pourrait se permettre de défigurer un texte en y substituant les rêveries de son imagination.

Que des mots soient inexactement traduits, que des phrases entières soient mal comprises, c'est ce qui doit arriver presque inévitablement, dans Tétat encore bien incomplet du voca- bulaire et de la grammaire. On ne peut même concevoir qu'il en soit autrement, excepté dans des textes bien simples et d'un enchaînement rigoureux. Aussi^ faut-il toujours placer en première ligne les progrès de la connaissance de la langue; c'est l'unique moyen de conjurer les erreurs graves. Gardons-nous de céder aux entraînements de l'imagination et même des vraisemblances, sans être bien assurés que nous ne prenons point notre point de départ dans d'énormes contresens. C'est une précaution que ne connaîtra jamais la méthode imaginaire; semblable à je ne sais plus quelle

20 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

science dont on dit qu'elle est si facile que tout le monde la connaît, même ceux qui croient Tignorer, cette méthode peut tout traduire, même ce que ses adeptes regardent comme inintelligible. Ainsi, tandis que M. Lenormant n'est nullement arrêté ni embarrassé par les lignes omises dans la copie de l'inscription dlbsamboul, il prétend ne rien com- prendre dans le Papyrus Prisse : « On n'est pas même assuré, » dit-il, qu'à part la conclusion des dernières pages, ce » texte doive être classé parmi ceux qui se rapportent à » rhistoire. »

Dans un récent mémoire sur ce papyrus, j'affirmai, au contraire, que « ceux qui lisent couramment les récits de » TExode dans les papyrus du British Muséum n'éprouve- » raient aucune difficulté pour la traduction entière de ce » vieux manuscrit ». Chacun sait que ces papyrus de l'Exode sont dus à la plume de M. le docteur Heath. Les égypto- logues ne s'étaient, jusqu'à présent, guère occupés de cette opinion singulière, mais M. Lenormant vient de la reprendre pour son propre compte, considérablement corrigée et aug- mentée.

Or, tandis que M. Lenormant affirme son ignorance absolue à propos du Papyrus Prisse, le révérend docteur en publie à Londres une traduction complète, sans la moindre lacime, sans marque d'hésitation sur une seule expression I Je revien- drai sur cette publication dans un prochain article. Je me bornerai, pour le moment, à dire qu'elle n'ajoute rien pour moi aux minces résultats que j'ai communiqués aux lecteurs de la Revue, dans le premier cahier de cette année.

J'ai mentionné les* papyrus de l'Exode, expliqués par M. le docteur Heath. Les passages traduits par l'honorable savant anglais forment la partie la plus considérable du mémoire de M. Lenormant, duquel je m'occupe ici. M. Lenormant nous explique « qu'il a soumis ces contradictions à une cri- » tique sévère et qu'il les a corrigées sur beaucoup de points

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 21

» pour arriver à un résultat qui pût défier les attaques des » adversaires les plus décidés ».

M. Lenormant, qui avoue ne pas savoir lire un mot dans les dix-neuf pages d'hiéroglyphes si aisément lues par M. Heath, se croit cependant assez fort pour beaucoup reprendre et beaucoup corriger dans les traductions de ce dernier. Ces messieurs s'expliqueront entre eux . Quant à nous, nous connaissons actuellement la sévérité de la critique et la certitude des résultats de M. Lenormant; il prend la peine de nous apprendre que la traduction de l'inscription d'ibsamboul a fait l'objet de son cours public au Collège de France pendant l'année 1855. Il ne s'agit donc pas d'une étude faite à la légère, c^est le texte qui a retenti dans la chaire de Champollion, ce sont les leçons qui devaient recruter de nouveaux disciples à l'illustre maître I Ab uno disce omnes.

Les papyrus du British Muséum auront leur tour d'études analytiques ; ils offrent assez de difficultés pour commander la réserve et la circonspection ; lorsqu'ils auront réellement livré leurs secrets, les rapprochements bibliques iront rejoindre dans le néant « les prisonniers germains dans un récit de Tacite, le défi des Babaî, le concert des imprécations et l'appel de Rodrigue », commentaires fantastiques de traductions imaginaires.

II

Telle qu'elle est reproduite dans le grand ouvrage de la Commission prussienne, l'inscription d'ibsamboul comprend quarante-cinq colonnes; indépendamment des colonnes incomplètement copiées, le texte donné par Champollion omet entièrement deux lignes essentielles; il se compose seulement de quarante-trois lignes. Quant à l'inscription du Ramesséum, dont les colonnes sont plus longues, elle n'a que vingt-cinq lignes, contenant le même texte que celui d'ibsamboul^ plus deux phrases additionnelles.

22 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

Pour les références, je me servirai de la copie de la Commission prussienne, dont les lignes sont numérotées de 1 à 45. Dans l'espace qui sépare la vingt-huitième de la vingt-neuvième ligne, le roi Ramsès, assis sur son trône, interpelle ses généraux, humblement tournés vers lui; mais cette scène, qui sert d'illustration au texte, n'interrompt pas le récit, et le commencement de la ligne 29 fait suite immé- diate à la fin de la ligne 28.

L'inscription gravée sur la planche XXXII du grand ouvrage de ChampoUion est, au contraire, indépendante de l'inscription principale, le tableau d'assemblage (pi. XVII bis) l'indique suffisamment; elle se réfère à l'arrivée d'un corps de troupes égyptien, composé d'infanterie et de chars, auquel les hiéroglyphes donnent le nom de Narouna du roi. ChampoUion a été aussi malheureux dans la copie de ce petit texte que dans celle de la grande inscription, car tandis qu'on lit distinctement dans la copie de la Commission prus- sienne :

Pe ai iri en pe Narouna en aa per ti onh* out'a senb La venue des Narouna du roi ^

em pe to Amaour dans le pays d' Amaour

la copie de ChampoUion omet cinq groupes et donne seule- ment : PE Ai EN NAROUNA EM PE AA AMAOUR, co qui ne forme aucun sens. C'est dans les derniers groupes de ce texte défi- guré que M. Lenormant trouve le nom de Paamauro, qu'il assimile à Bemmari, localité citée dans l'Itinéraire d'An- tonin*. Mais ni le pays d' Amaour, ni celui de Bemmari, qu'on ne s'attendait pas à rencontrer ici, ne sont mentionnés dans le texte çui fait l'objet de cette étude.

1. Je rappelle ici robservation que j'ai déjà faite relativement à la traduction abrégée des formules qui servent à désigner la personne du roi. [Cf. plus haut, p. 8 du présent volume].

2. Les Livres chcs les Égyptiens, p. 274.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 23

Pour ne pas multiplier outre mesure les groupes hiérogly- phiques dans le texte, je me contenterai de transcrire les mots égyptiens, d'après la méthode de lecture que j'ai exposée dans la première partie de mon mémoire \ Je ne ferai usage du caractère spécial que lorsque la discussion analytique Texigera. Sous la transcription, je placerai la traduction mot à mot de l'égyptien, et, pour la facilité des explications, je couperai l'inscription en paragraphes dont je discuterai les mots douteux.

La première ligne est presque entièrement occupée par le protocole habituel des inscriptions officielles ; elle contient la date, les noms et les titres du roi. Il n'y a rien à analyser dans ce préambule commun à tant de documents. J'aborde donc immédiatement le récit :

Ligne 1. Aa-t h'er-ew hi

VoUà que Sa Majesté (était) > à

Lignes. Tahl em uti-ew , // en neh't

T'ahi dans son expédition 2* de victoire

La particule as-t, par laquelle commence l'inscription, annonce la situation des choses, le fait accompli au moment l'on parle; on connaît les variantes as, as-tou et as-ek; le copte possède encore une particule dans ic et ic^e; les

événements consécutifs sont amenés par la particule f ,

H AN, copte ^Hiuie, voici que.

Des textes nombreux et notamment les inscriptions )du grand temple d'Ammon-Ra à Thèbes, que M. Birch a nom- mées avec raison les Annales de Thothmès III^ montrei^t que les campagnes des Pharaons à l'étranger étaient désignées sous le nom d'uxi en neh't, expédition de conquête ou de victoire. Dans le style officiel, chacune de ces campagnes

1. [Cf. plus haut, p. 8 du présent volamej.

2. L'auxiliaire d'état est souvent sous-entendu en égyptien comme en bébroa. '

24 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

recevait un numéro d'ordre; nous sommes ici à la seconde campagne de Ramsès II; les Annales de Thothmès III men- tionnent jusqu'à la treizième campagne de ce prédécesseur de Ramsès^ à la trente-neuvième année de son règne \

Ligae 2. Res ne/er em onh' ouf a senb em am en Veille bonne pour vie saine et forte dans la tente de

H'er-evo hi t'es-i res ent Kates* Sa Majesté au fossé méridional de Kates'

« On faisait bonne garde sur la personne du roi dans la tente royale, au fossé méridional de Kates'. »

Le verbe "l ^^^ , res, a eu les mêmes acceptions que

ses dérivés coptes pnc, pœic, vigilare^ expergisci, custodire^ vigilta. Indépendamment des deux déterminatifs qui accom- pagnent ici ce groupe, on le rencontre souvent augmenté de la face humaine, qui semble n'y jouer qu'un rôle explétif; l'expression si fréquente souten res, veut dire roi vigilant, attentif, comme, par exemple, dans les inscriptions de l'obé- lisque de Paris :

Hik ken res hi hah h'oa

Souverain victorieux, vigilant pour chercher les glorifications

en mes sou*

de celui qui l'a engendré

Au proscynèmede Ramsès-ashou-heb, à Ibsamboul, le roi est dit :

Res hi hah sep neb monh" em iri-t h*ou

Vigilant pour chercher occasion toute possible pour faire honneurs

en ateu> Hor* à son père Horus

1. Lepsius, Auswahl, XII^ 44; Denkm'âler, lll, 31, a, 10.

2. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1" Ser., 42, face 2.

3. Chanapollion, Monuments de l'Egypte, I, 9, 2, 10.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 25

La même expression est appliquée à un architecte de répoque d' Amenemha I V \

Dans la phrase étudiée, la bonne veille doit s'entendre de la garde attentive qui se faisait à l'entrée de la tente du monarque. On trouve une formule analogue dans les Annales de Thothmës III :

Men-ket mcn^het res res rea em onh'

Courage I Courage I Vigilance! Vigilance; qu*on veille sur la vie

em am en onh' out'asenb* dans la tente du roi

Du sens veiller, s'éveiller est dérivé de celui de se lever j se relever. On lit au Rituel :

Res-ek ape-ek As^Ra*.

Lève ta tète, Osiris.

C'est le sens qu'a adopté avec raison M. de Rougé dans ce passage du discours de Ramsès :

Pe houi neb em sen men reè-evo sou^ Le tombant tout d'entre eux non il relève lui.

« Quiconque d'entre eux tombera ne se relèvera plus. »

M. Birch a le premier signalé le sens du groupe A ^v^n,

AM, tente, pavillon de guerre; cette valeur est certaine. Pendant leurs campagnes, les rois amenaient avec eux leur tente et l'installaient dans leur camp ; lorsqull est parlé de l'érection de la tente royale, ou de la garde dont elle était l'objet dans un lieu quelconque, c'est comme s'il était dit que le roi y avait établi son camp. C'est ce que démontrent

1. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1'* Ser., 82, 3.

2. Denkmàler, III, Bl. 32, 13.

3. Todtenbuch, 151 b.

4. Papyrus Sallier III, 4/3.

26 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

diverses mentions des Annales de Thothmès IH\ Ton voit en outre que le mot am ne désigne pas exclusivement la tente royale, puisqu'un de ces objets figure au nombre des prises faites sur l'ennemi*.

Une cause d'embarras est l'explication du mot , t'bs,

qui se réfère à quelque accident de terrain au midi de la ville de Kates'. Dans les tableaux d'ibsamboul et du Ramesséum, on voit que cette ville est située sur l'Aranta qui l'entoure de ses eaux, en un point le fleuve s'élargit considérablement. On distingue môme un fossé intérieur rempli d'eau, formant une seconde enceinte en avant des murs crénelés. Peut-être le t'es est-il le fossé extérieur dans lequel on a détourné le cours de l'Aranta. Le groupe t'es correspond à une lacune du texte du Ramesséum, mais on y lit, à la ligne 2£^ue pour surprendre Ramsès, l'armée des

H'itas passa le c^=^ , s'bt, qui est au midi de Kates'. Le

Al

copte |90Te, fovea, fossa^ fournirait une explication satis- faisante de ce mot, et l'on pourrait admettre que le s'et du Ramesséum et le t'es d'ibsamboul sont la môme chose. Tous les deux sont d'ailleurs une circonstance topographique observée au midi de la ville de Kates'. Le ^efa^ fosse, fossé, est du reste admissible pour le mot t'es dans tous les pas- sages où je l'ai trouvé employé, soit qu'il représente la fosse se retire le serpent Apap^ soit qu'il s'applique à celle sont précipités les ennemis d'Osiris après leur immolation*. S'il reste quelque doute sur le véritable sens de ces mots, nous savons tout au moins d'une manière bien certaine que le roi d'Egypte avait établi son camp en un lieu situé au midi de la ville de Kates'.

1. Lepsias, Denkmdler, III, 31, 57.

2. Ibid., 32, 17.

3. Todtenbuch, ch. vii, titre; ch. xcix, 2.

4. Todtenbuch, oh. cxlvi, 16, 17.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 27

Lig. 3. s'a ITer-ew h'a oubn-ra s'open-ew

Se leva Sa Majesté comme la lumière da Soleil il prit

h'akerou tew Mont,

les parures de son père Mont.

On trouve daas un grand nombre de textes' l'orthographe pleine du groupe '^^^^ôûâ, h'akerou; ce mot signifie pa- rures^ ornements, ajustements. Employés comme verbes, h'akbr et seh'aker équivalent à orner, parer, embellir.

Ex. : IrUen-eu} sib aa en num seh'aker em aa neb aa*.

U a fait une porte grande d'or, ornée de pierre toute précieuse.

La parure du dieu Mont, le Mars égyptien, n'est autre chose que l'armure des combats.

II est à peine utile de rappeler ici que , par euphonie, les Egyptiens supprimaient souvent le pronom possessif de la troisième personne du singulier masculin ew, après le mot ATBw, TEW, père.

Lig. 3. Oui neb em Lig. 4, h*et aper H'er-ew cr

Partit le seigneur en s'éloignant; s'approcha Sa Majesté au

res teh*a en S'abtoun.

midi de la forteresse de S*abtoun.

« Le roi continua sa marche et s'avança jusqu'au midi de la forteresse de S'abtoun. »

11 y a à faire à propos de cette phrase si simple une observation importante dontla priorité appartient à M. Birch.

Dans les textes, l'expression ^^, h'et, est cons-

tamment opposée à fM\'=' \\, wenti. La première signifie

1. Todtenbuchy 92-4, comparez le passage correspondant da Papyrus Cadet, Todtenbuch, 142, 22; Greene, Fouilles à Thèbes, l, 8; Sharpe, Egyptian InscriptionSj 2^ Séries, 3, 9.

2. Denkmàler, lll, 167.

28 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

partir, s'éloigner, se mettre en voyage; Tautre, rentrer, revenir; c'est ainsi, par exemple, que l'élu du ciel égyptien, investi de la faculté de prendre éternellement toutes les formes à son gré va (h'et) aux champs Aalu (l'Elysée) et en revient (wenti) ' ; que dans l'hymne de H'emmès, ceux qui montent (h'et) et qui redescendent (wenti) la durée de la vie adressent des acclamations à Osiris*. Âpres sa victoire signalée sur les H'itas, Ramsès II revint (wenti) vers le Midi*. On trouve aussi Texpression h'et en opposition avec un mot assez rarement employé comme verbe de mouvement

®^I2L(j(j^^, h'esefi; c'est dans une de ces formules des

stèles funéraires qui invitent les passants à prononcer la prière pour les défunts.

A retou neb-t sou-t-sen hi em ha-ten em h'et em O hommes tous qui passent en face de cette stèle en allant et en

h'esefi em mera-ten *. revenant dans vos cultures.

Du mot WENTI je signalerai la variante ^^^^^ ââ^ *, dont

^ \\

le premier signe est l'hiéroglyphe du nez, phonétique fenti,

WENTI.

Il est bon de remarquer que ni l'une ni l'autre de ces expressions ne s'applique exclusivement à la navigation.

Lig. 4.Ai-ten s'asou II er fot. Lig. 5. en ITer-eio. vinrent S'asou II pour dire & Sa Majesté.

« Deux S'asou vinrent dire au roi. »

Il n'y a rien à discuter dans cette phrase dont le sens est

1. Todtenbucht chap. lxxii, 2.

2. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1" Ser., 97, 13 ; ibid., 1, 5.

3. Papyrus Sallier III, 10, 3.

4. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1" Ser., 82, 8.

5. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1" Ser., 44, 10. Conf. Todten- buch, 72, 8.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 29

évident. L'identification des S'asou avec Fun des peuples de la géographie ancienne est aussi incertaine que celle de toutes les autres nations dont nous allons rencontrer les noms, à l'exception de Naharaîn, la Mésopotamie, le pays des deux fleuves, dont les hiéroglyphes reproduisent exacte- ment le nom biblique. Le pays des S'asou est plusieurs fois cité dans les textes militaires. Sous le règne de Thothmèslll, le capitaine Ahmès Pennob y fit de nombreux prisonniers \ Dans un texte curieux, mais malheureusement mutilé des inscriptions d'ibsamboul, Ramsès II est dépeint comme ayant entraîné la Nigritie dans les pays septentrionaux, les Aamous (races jaunes de TAsie centrale) dans la Nubie j

et le pays des S'asou dans celui de \ Le dernier mot

est détruit, et cette lacune nous prive d'une opposition qui aurait pu être utilisée pour les recherches géographiques.

Les S'asou ne figurent pas dans l'énumération des peuples alliés des H'itas, mais le texte nous les montre offrant leurs services aux parties belligérantes. On peut supposer , comme Ta fait M. de Rougé, qu'ils appartenaient aux tribus nomades des déserts de Syrie.

Lig. 5. Em nenou sennou enti em aaou en mahotou em Parmi nos frères qai (sont) dans les grands des Mahotou par

tape Lig. 6. ITita taaou nou en H'er-etc er

le fait do H'ita, on nous a fait venir vers Sa Majesté pour

rot, parler.

« Parmi nos frères que le H'ita a placés parmi les plus grands des Mahotou, on nous a envoyés pour parler au roi. »

Le discours des S'asou est digne d'attention, car c'est le point capital de l'inscription. Ils parlent, comme on devait s'y attendre, à la première personne du pluriel ^^, nou,

1. Lepsias, Austcahl, Zwei Steine, etc., ligne 10.

2. Champollion, Monuments de V Egypte, I, 17/2.

30 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

BNNOU, copte «Jion et dans les composés n, en, nous. Us se recommandent d'abord de leur propre importance : leurs frères, c'est-à-dire leurs compatriotes, leurs pareils, ont été placés par les H'itas parmi les plus considérables de certains officiers que le texte nomme Mahotou, et dont il serait dif- ficile de préciser les fonctions. Dans les textes publiés par M. Greene, les Mahotou sont nommés à la suite de l'Oer*, c'est-à-dire du chef militaire, du général. A Sakkara, un Égyptien se vante d'avoir été véritablement l'afiectionné des Mahotou'. Je les considère comme des conducteurs ou chefs de tribus, des espèces de scheiks. Les deux S'asou expliquent ensuite qu'on les a envoyés pour faire une com- munication au roi; le texte est assez clair pour se passer d'analyse. Je crois cependant devoir m'arréter un instant sur l'auxiliaire ta, faire, donner, causer. Ce mot remplit un rôle très important dans la langue hiéroglyphique.

On a récemment contesté la prononciation ti donnée par Champollion, qui avait assimilé le groupe f^ n et ses va- riantes au copte i", et Ton a voulu le lire ma. Les recherches auxquelles je me suis livré m'ont démontré que les vues de Champollion étaient justes. 11 existe effectivement un verbe :, MA, donner, qui s'écrit souvent à l'aide d'un signe idéo-

graphique : la main présentant un vase a o ; ce même signe

sert à écrire la syllabe ma ou mo dans certains mots tels que MAU, la mère, mofek, cuivre, etc. Il n'est pas impossible que

les deux signes lui et a d, si voisins de forme et de sens,

aient été confondus dans les textes, mais il est incontestable que la langue antique a possédé simultanément les formes

TA ou TI et MA. Les diverses expressions a n^ A ,

et $=3 se prononcent réellement ta et sont des variantes qui s'échangent continuellement. Les deux dernières ne sont autre chose que la lettre t elle-même ; " est une variante

1. Greene, Fouilles à Thèbes, I, 26.

2. Lepsias, Denkm'àler, III, Bl.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 31

de A n ' ; la forme hiératique des deux signes est ordinai- rement identique. Quant à a n et à A , leur valeur phoné- tique TA, Ti, est exprimée par toute une série de noms dont ils forment la seconde syllabe, comme par exemple ceux de Petammon, Petubastes, Petosiris, etc. En rassemblant les

variantes du groupe ^ , reta ou erta, autre forme bien connue de Tauxiliaireyatre, donner, etc., on obtient l'équi- valence suivante : c^ = o = = = <=> A =

o . Si l'on supprime le signe commim, il reste :

Je citerai aussi les formes et , analogues ^ h^> dans lesquelles le segment a, t, remplit le rôle de com- plément phonétique.

Voici une phrase dans laquelle le scribe a cherché à faire parade de sa connaissance des variantes ; sur un cercueil conservé au Musée britannique, Osiris dit :

Alî7¥«-m^km

AAVWW

Zl-A

Ta a onh' en As-ra,,. ia-en-a sou em neterou Je donne la vie au détunt. Je donne lui parmi les dieux.

ta-eri'a ak ew Per-ew

Je donne qu'il entre et qu'il sorte,

OU en termes corrects : « Je donne la vie au défunt, je

1 Cette observation ne s'applique & .— .^ que lorsque ce signe signifie donner^ faire^ etc. Dans le corps des mots, c'est simplement une voyelle ; figniativement ce signe signifie le bras.

2. Sharpe, Egyptian InscHptiona, !•» Ser., pi. LXXV, lig. 10.

32 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

le place parmi les dieux, j'accorde qu'il entre et qu'il sorte. »

Je renverrai également l'étudiant aux variantes c^^, Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1»* Ser., pi. LXXIX, lig. 14;

ibid., LXXXVI, 9; ^^, c=3^, Denkmâler, II, 102.

Les verbes ta et brta ont pour signification radicale donner. Le thème ta ou da est commun à un grand nombre de langues, notamment au grec et à l'hébreu. Comme auxiliaires, ces mots remplissent des fonctions variées qui dérivent toutes de leur valeur radicale. Ils représentent le verbe impulsif, causatif, faire, comme dans nos formules faire faire, faire tirer, etc. L'inscription de Rosette en offre quelques exemples, notamment à la ligne 13 : a Qu'il soit accordé aux habitants de l'Egypte qui le désireront, d'élever de même cette chapelle du dieu Épiphane. »

Er tria oun es em per sen pour faire qu'eUe soit dans leur maison

Ce qui correspond au grec : xal Ij^stv wap* a&roiç. A la ligne 14, se trouve Tordre de faire élever la stèle tri- lingue dans les temples :

Erta ha faire élever lui

Dans la petite inscription qui sert de légende à la baston- nade infligée aux deux espions, il est dit qu'on les frappe devant le roi.

cr ta sen t*ot pe enti pe to enlVUaam^ pour faire eux dire le le pays de H'ita

(( Pour leur faire dire le lieu se trouvait le peuple H'ita. »

1. ChampoUion, Monuments de l* Egypte, I, XXIX, aa bas.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 33

Ta et BRTA servent aussi à indiquer la nomination, la promotion à un office. Mont-si, personnage qui vécut sous les trois premiers Pharaons de la XII* dynastie, énumère les cinq emplois qui lui furent successivement conférés et

se sert alternativement du mot A , ta, et de <=> A , erta.

Ta-a H*er-ew em an^ fit moi Sa Majesté en scribe

et Erta-a H'er ew er an. fit moi Sa Majesté pour scribe

Dans un autre monument de la môme époque, la forme est , ERTA*. Il en est de môme au Papyrus Prisse,

planche II, avant-dernière ligne.

Ainsi TA et erta expriment Timpulsion, l'incitation, la cause. Après le carnage que Ramsès fit des H'itas, on ne trouvait pas un endroit Ton pût mettre le pied à cause de la multitude des cadavres .

Littéralement :

em ta aa'ou sen*

par le fait de lear multitude.

1. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1'^ Ser., 83. Le phonétique an pour le signe Ijâ a été indiqué par M. Birch, Mémoire sur une patère égyp'

iienne, etc., p. 53.

2. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1** Ser., LXXXV, 5.

3. Papyrus Sallier III, 7/9, M. de Rongé a paraphrasé : tant les morts

étaient nombreux. Le phonétique de <§=K^ est , as\ pluriel as'ou,

ainsi que le démontrent les variantes du nom d'un serpent mythologique r^ ^= , as' hoou^ à plusieurs têtes, Sharpe, Egyptian Ins-

#.in. C3niii ^ nn— ^^^

cnptions, V Ser., 32; 2^^ Ser., 5-9; Texpression y (1 '^'^'^^ qui suit

rénumération des diverses denrées (Inscription de Rosette, lig. 4) est Téquivalent de U (I ^^ x^ , Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1" Ser., 93,3.

BiBI*. ÉOYPT., T. X. 3

34 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

C'est dans ce sens qu'on doit traduire les formules dans lesquelles il est dit que le défunt prend toutes les formes :

er tata het-eto ^

à rimpulsion de son oœur.

et non pas « pour placer son cœur ».

Ces observations pourraient être poussées beaucoup plus loin, mais nous rencontrerons dans la suite du texte des exemples remarquables que j'aurai le soin de faire ressortir. Ce que j'ai dit justifie surabondamment ma version de la phrase étudiée. J'ajouterai seulement que la dernière partie de cette phrase est au passif :

Ta aou-nou er foi.

Nous avons été fait venir poar dire

Lig. 6. Aou-nou er irv-t bekou L\g,7, en cui-per-ti onh* outa' senb Nous somnoles pour faire des serviteurs du roi.

« Nous ferons des serviteurs du roi . »

Le sens de ce passage est manifeste, car le groupe bbk, copte AioR, servus, n'a pas besoin d'être discuté. Les deux émissaires protestent de leur dévouement, afin de préparer le succès de leur fourberie .

Lig. 7. em tou-nou raou-nou em ta pe h'er en ITita h*er pe En étant nous avoisinant par le fait du terrassé de H'ita, alors le

h'er en H'ita hemse em FTiraba hi meht Tonap terrassé de H*ita était établi à Hlraba au nord de Tonap.

« Lorsque le H'ita nous retenait dans son voisinage, alors le H'ita était établi au pays de H'iraba au nord de Tonap. »

^ (1 7^ , RAOUA, est le copte {m^th, vicinta^ vicinus;

1 . Todtenbuch, chap. i, 22.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 35

il signifie aooisiner, toucher, joindre, comme le démontre cet exemple tiré du rituel :

Raoua-ek er eu> ape em ape\ tu approches vers lui tète à tête.

L'action qu'indique ce verbe était faite à cause ou par l'impulsion du H'ita, ainsi que le montre l'emploi de l'auxi- liaire TA que je viens d'étudier; la préposition H'er annonce la connexité de temps : alors, en même temps, le H'ita était assis, installé à H'iraba. M. Lenormant, qui bouleverse tout ce texte, semble mettre le discours des S'asou dans la bouche de Ramsès, qui croit, dit-il, V armée des Schétos encore éloignée, tandis qu'elle est établie à peu de distance de là, au sud de la ville, à deux journées de Libou, au sud de Tounar '.

II n'y a dans les hiéroglyphes ni journées, ni Libou, ni sud, ni Tounar . Le nom de cette dernière localité est cor- rectement donné dans l'inscription du Ramesséum, sous la forme de Tonap qu'on retrouve dans d'autres monuments.

Lig. S. Snatou-ew en aa-per-ti onh* out'a senb er-ai em iventa U a peur du roi en allant au retour.

Le mot SNATOU est le thème antique du copte cn*.T, rêve- ren\ timere. Je crois superflu de le discuter ici. Je ferai seulement remarquer que ce mot exprime également la peur qu'on inspire et la peur qu'on éprouve. Il est dit, par exemple, d'un conquérant :

Rer snat-eto em h'aou sen^ Circule sa peur dans leurs ventres.

1. Todtenhuch, chap. lviii, 2.

2. DenkmàleTj II. La copie de Champollîon, fautive sur tant de points, donne Tonar, mais celle de la Commission prussienne montre que le dernier signe n'est plus visible sur le monument.

3. Denkmdler, III, Bl. 195.

36 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

« La peur qu'il leur inspire circule dans leurs entrailles ; » et dans celle des inscriptions de la Statuette naophore ' qui se réfère aux désastres éprouvés par l'Egypte pendant les fureurs de Cambyse : « Immense calamité qui eut lieu dans le pays tout entier et dont il n'y eut jamais la pareille, grande affliction de la part de Dieu, » Out'a Hor-Soun déclare qu'il fut délivré de sa peur quand il plut au dieu :

Nohem en anaUa sep etc. Sauvé de ma peur à son gré.

Pour expliquer Téloignement de l'ennemi, les S'asou allèguent qu'ils craignent le retour de l'armée égyptienne-

C'est dans ce faux avis que consiste la ruse des deux émissaires, car la suite de l'inscription va nous apprendre que, loin d'être campée en arrière des Égyptiens, l'armée des confédérés a pris les devants et se trouve rassemblée derrière la ville de Kates', près de laquelle le roi s'est im- prudemment avancé.

Lig. 9. A8't Vot ne II S'asou ne fotou foi en sen en

Voilà ce qu'avaient dit les 2 S'asou ; les paroles dites par eux à

fTer-ew em aV Lig. 10. aou pe H'ita ta aou-sen

8a Majesté (étaient) en ruse et le H'ita avait fait aller eux

er patar pe enti Her-evo am-en-ho em tem ta

pour découvrir ce que Sa Majesté (était) à faire, pour non faire

Lig. U. her-sou pe-kerou en H'er-eio er ker hna pe que s'embusque l'armée de Sa Majesté pour combattre avec le

h'er en H'ita terrassé de H'ita

« Voilà ce qu'avaient dit les deux S'asou ; les paroles qu'ils avaient dites au roi étaient une ruse ; le H'ita les avait en- voyés pour découvrir les projets du roi, afin d'éviter que

1. Statuette naophore, fianc droit da naos.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 37

l'armée égyptienne s'embusquât pour attaquer le H'ita. » Ici, comme au commencement de l'inscription, la particule

As-T annonce le fait accompli. Si le scribe eût voulu exprimer

que les S'asou allaient parler de nouveau, il eût écrit han

t'ot . . . Voici qu'ils parlèrent .

Les paroles des S'asou sont caractérisées par le mot ..^^n

\^^ , AT', déterminé par l'oiseau du mal. Ce mot désigne

forcément une action mauvaise, c'est le copte cwu, dolosus. Dans les textes funéraires, il est question du châtiment du fourbe (at') ^ . Entew se vante d'épouvanter le trompeur sur sa tromperie :

Hot afou hi afou-^ic^.

Nous retrouvons ici d'excellents exemples de l'emploi des auxiliaires ; le H'ita avait envoyé (ta aou, /aire aller) les S'asou pour faire une chose que représente le mot égyptien

-j -^^ , PATAR ; ce mot a pour déterminatif la pousse

du palmier qui n'est qu'un complément phonétique de la syllabe ter, tar, et l'œil complet ouvert qui caractérise les actes de vision, d'attention. Il signifie comme l'hébreu "tm, pator, découvrir j apercevoir, inspecter, examiner, révéler, rendre patent^ expliquer, manifester. Nous rencontrerons dans la suite du texte d'autres exemples de l'emploi de ce mot d'occurrence très fréquente dans les hiéroglyphes.

Ce que les deux émissaires devaient épier est exprimé par une phrase elliptique dans laquelle la préposition est renvoyée à la fin. Ces tournures sont extrêmement fré- quentes dans la langue égyptienne. Par exemple, la prière pour les morts demande toutes les choses bonnes et pures,

Onh' neter am sert Vil Diea par elles,

1. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1" Ser., pi. LVII, 33.

2. Stèle d'Entew^ au Louere, ligne 17.

k

38 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

<( par lesquelles vit Dieu »; ce qui est le plua souvent abrégé en

Onh' neter am Vit Dieu par.

L'anglais traduirait presque littéralement: Allthe good and pure things God lices toit h. Dans la phrase étudiée, la préposition finale est complexe ^ , AM-KN-HO. Sa forme la plus habituelle est am-ho. Rien de plus commun dans les hiéroglyphes que les par- ticules complexes. Celle qui m'occupe exprime la mission, la charge prise ou donnée, ainsi qu'on le voit dans les ins- criptions de Radesieh et dans un grand nombre d'autres textes. Ainsi l'on trouve les formes ta em ho en souten an \ charger le scribe royal de ... ; erta em ho en h'orp, charger le commandant; dans les annales de Thothmès III, il est question en ces termes d'un mouvement prescrit à l'armée entière :

Erta entou em ho en Kerou er t'er-eto* Fut donné mission à Tarmôe entière.

La suite explique l'ordre donné : « Prenez vos armes, munissez-vous de vos casques^ car on va se mettre en marche pour attaquer l'ennemi. »

ERTA ou TA EM HO Signifie mot à mot mettre à la face o(e,maisla traduction littéraledes idiotismes est sans intérêt; il suffit d'en bien saisir le sens. Je crois qu'il ne saurait subsister le moindre doute sur celui que j'attribue à am ho ou à sa forme complexe am-en-ho. Les deux S'asou avaient été envoyés pour observer ce que Ramsès se proposait de

1. Champollion, Notices manuscrites, t. I, p. 574.

2. Denknidler, III, Bl. 140, 10; voyez aussi Sharpe, Egyptian Ins- criptions, 20^ Ser., 24, 1 ; 24, 4.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 39

&ire; l'anglais: what the ktng was about (to do), rendrait l'égyptien d'une manière régulière.

Le reste de la phrase exprime le genre d'intérêt qu'avait le H'it^ à faire observer les mouvements de l'armée égyp- tienne; c'était, dit le texte, pour ne pas faire que V armée

égyptienne Jît une action indiquée par le verbe ^

HiR, pour attaquer le HHta ^ .

HiR est fort connu dans les hiéroglyphes comme thème antique du copte z^^^' £«^> terreur^ crainte. Des milliers de passages dont le sens est manifeste, démontrent ce sens avec une rigueur absolue. Mais il est évident que cette valeur ne convient pas ici, car le H'ita n'a aucun intérêt à éviter que l'armée égyptienne redoute une rencontre ; ce qu'il doit chercher à prévenir c'est une surprise, une attaque inopinée de la part de cette armée. Or, dans l'une de ses acceptions, le mot exprime l'attitude de l'animal qui s'apprête à se jeter sur sa proie. Je citerai, à l'appui de ce sens, la belle légende d'un tableau militaire de Médinet-Habou, représentant le roi Ramsès III partant avec son armée pour une campagne en Asie * .

^ffer-evo er Tahi h*a ka en mont er

Va Sa Majesté à Tahi semblable à la personne de Mont, pour

poipot ...*neb teh tes'aourew^ kerou-ew^ h! ai

fouler aux pieds nation tonte violant ses frontières; ses soldats (sont) comme

1. DenkmJaler, III, Bl. 32, lig. 12.

2. Champoilion, Monuments de V Egypte, pi. 219.

3. Le verbe de mouvement a disparu, mais le sens est certain .

4. Le groupe représenté par des points est , terre, nation. La

▼aleur phonétique est encore incertaine. Dans la suite de mes trans- criptions, je le remplacerai toujours par des points.

5. L'hiéroglyphe du guerrier correspond à des valeurs phonétiques variées. Ma transcription kerou est celle du groupe qui signifie corn- buttants.

40 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

kaou hir hi baou sesemou h'a bekoa en

des taureaux guettant sur des chèvres, les cavales comme l'épervier au

h^ennou roou milieu des oies

Cette légende ne se réfère pas à une attaque actuelle, mais seulement à la disposition prise pour une attaque ultérieure ; les soldats égyptiens s'apprêtent à se jeter sur Tennemi, comme des taureaux sur des animaux faibles et timides. C'est cette préparation à l'attaque qu'exprime le verbe hir. Ce même mot sert plus loin à caractériser la situation des H'itas rassemblés derrière la ville de Kates' et prêts à fondre sur les Égyptiens.

Le poème de Penta-Our contient des exemples remar- quables de l'emploi de hir dans l'acception que je viens de justifier et que M. de Rougé a parfaitement reconnue. S'il arrivait que la langue française disparût un jour de la mémoire des hommes et qu'on fût obligé de la reconstituer analy tiquement comme l'égyptien, on constaterait aisément la valeur du verbe redouter, mais le mot redoute^ terme de fortification, offrirait à l'investigateur une difficulté analogue à celle que nous venons de rencontrer dans le verbe hir.

Lig. 11. As-t pe h*er en H*ita Lig. 11. aou hna oer Voilà que le terrassé de H*ita était venu avec chef

neb en,,, neb kerou entheiorou-ou en eneto em

tout de nation toute fantassins et cavaliers d'eux amenés par lui pour

ta-ew em neh'tou haou kerou, Lig. 13. hir

mettre lui en victoires ; ils se tenaient prenant embuscade

en ha en Kateà* ta asi men reh' M'er^ew par derrière Kates' la coupable. Non savait Sa Majesté.

« Déjà l'abject H'ita était venu avec tous les chefs de toutes les nations, leurs fantassins et leurs cavaliers^ qu'il avait amenés pour les faire participer à ses victoires. Ils se

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 41

tenaient embusqués derrière Kates\ la coupable. Le roi rigDorait. »

Ce paragraphe nous décrit la véritable situation de l'ar- mée des confédérés, sur laquelle Ramsès vient d'être trompé par les deux S'asou. La particule as-t nous fait voir qu'il s'agit d'une situation déjà occupée et non d'un mouvement vers une situation nouvelle; tous les mots de ce paragraphe sont connus, car il n'y avait d'embarrassant que l'expression

HiR dont nous venons de constater le sens, càp ^ est une

forme abrégée de ^i^» ker^ prendre, tenir, avoir'.

J'ai consacré à la particule ^ , ha, un travail spécial*,

qui a été autographié et dans lequel je démontre que cette particule signifie derrière et non devant, comme l'avait pensé Champollion. C'est un fait hors de toute contestation. M. de Rougé avait du reste publié ce sens avant moi dans un ouvrage qui ne m'est pas connu.

Je ne puis garantir le sens précis de la particule injurieuse ASi, donnée à la ville de Kates'. Je n'en connais qu'un second exemple dans un passage peu intelligible des textes publiés par M. Greene*. Ma traduction coupable est pure- ment conjecturale ; c'est peut-être oile, méprisable.

Quoi qu'il en soit, il est bien définitivement acquis par la dissection du texte que, loin d'être à H'iraba^ comme l'avaient afl5rmé les S'asou, l'armée des confédérés se tenait prête à l'attaque derrière la ville de Kates' et que Ramsès Tignorait. Ici le texte du Ramesséum donne un renseignement impor- tant qui manque à Ibsamboul :

Aou ouf Her-ew em h'et aper er meht entent Kates**

Sa Majesté repartit et s'approcha aa nord-ouest de Kates'.

1. Voyez Cbabas, Une Inscription historique, notes 57, 74, 85.

2. Nouvelle Explication d^une particule de la langue hiéroglyphique y CbaloD, 1858.

3. Greene, Fouilles à Thébes, I, 6.

4. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 2^^ Ser., 52, 7.

42 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

La phrase est interrompue par la disparition de la partie supérieure de la ligne^ puis il est parlé de l'armée du roi ; si le texte était complet, nous y lirions probablement que le roi n'emmena pas son armée; car la suite nous apprendra que cette armée continuait sa marche au midi de S'abtoim, lorsque Ramsès fut attaqué. Ainsi la ruse des S'asou eut le succès qu'ils en attendaient; le roi, persuadé que l'ennemi était loin, se sépara du gros de son armée et poussa une reconnaissance au nord-ouest de la ville de Kates' derrière laquelle les H'itas l'attendaient.

Lig. 13. SneVem FTer-ew hi lig. 14. aseb ente-noum airt S'installa Sa Majesté sur le trône d*or Tinrent

hapou enti em a'esou ITer-w en sert

les espions qui (sont) parmi les serviteurs de Sa Majesté ; ils amenaient

hapou II en pe k*er en lig. 15. ifita espions 2 du terrassé de H'ita.

Rien n'est plus intelligible que ce passage. Le mot snet'em» exprimé, soit phonétiquement^ comme au Rames- séum, soit idéographiquement, comme à Ibsamboul, est une forme noble et poétique de l'expression s'asseoir. On doit le rendre par trôner, siéger. Il s'applique parfaitement à l'atti- tude imposante que le tableau d'ibsamboul prête à Ramsès dans cette scène, l'on voit le monarque assis sur son trône d'or, haranguant ses officiers. Le mot snet'em exprime aussi la posture des pharaons portés dans leur riche palan- quin lors des pompes royales ^ .

Le mot ASEB veut dire trône, siège, ainsi que le prouve le déterminatif, portrait exact de Tobjet lui-même, tel qu'on le voit dans la peinture. M. de Rougé l'avait déjà expliqué*.

Les souverains de l'Egypte tenaient conseil dans toutes

1 . Greene, Fouilles à Thèbes^ I, 17.

2. Textes publiés par M, Greene, À propos de la pi. XXXII.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 43

les circonstances importantes; les textes historiques, l'ins- cription de Eouban entre autres, rendent compte de ces audiences et du cérémonial qui y était observé, et qui consiste notamment en ce que le roi est assis sur son trône et coiffé de l'une de ses couronnes. Dans le passage qui nous occupe, Ramsès s'apprête à tenir conseil sur les cir- constances de son exploration, lorsque ses éclaireurs lui amènent deux espions du H'ita dont ils se sont emparés. Tout le monde est d'accord sur la signification du mot HAPOU, espion, dont le radical hap, copte ^hh, signifie cacher, se cacher.

Lig. 15. Staou em ha-n^

amenés en la présence (dn roi)

L'introduction des fonctionnaires ou des ambassadeurs est toujours exprimée par le groupe Of-j"^ * sat, sta, qui signifie passer, faire passer, présenter. Lorsque l'envoyé du chef de Bah'ten vint réclamer le secours du roi d'Egypte en faveur de la fille cadette de ce chef atteinte d'un mal inconnu :

Han em sat-ew em ha-n H'er-eœ* Voici qu'on présenta lai devant Sa Majesté

Le roi demande à cette occasion qu'on lui amène certains personnages :

Sat-en-ew hi^kahou^ présentés à lui sur-le-champ.

1 . La prononciation de la préposition ^^^==0) , qui veut dire devant, en

présence, est encore incertaine. Prenant la valeur phonétique han du phallus, je décompose cette proposition en em Ha-n, en présence de. Mais cette lecture est conjecturale. Heureusement le sens ne l'est pas.

2. Prisse, Monuments de l'Egypte, pi. XXIV, lig. 7, 8.

3. Prisse, Monuments de l'Egypte, pi. IX, 10.

44 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

Dans rinscription de Kouban, le roi désire connaître Topi- nioQ de ses hauts fonctionnaires sur la possibilité de creuser une citerne sur le chemin des mines d'or du désert.

staou-eniou hi kakou em-ha-n neter nofer^ ils forent présentés sur-le-champ devant le dieu bon (le roi).

La môme formule se rencontre pour la présentation des intendants des travaux du temple d'Âmmon* et pour celle des Oérou de la région méridionale, dans une stèle de la XII* dynastie. Dans ce dernier exemple, l'humble attitude des officiers présentés est indiquée :

Sat oerou to res erta em ha-n hi

Présentation des Oérou de la terre du Midi, placés en la présence sur

h'etou sen* leurs ventres.

Ajoutons enfin que l'expression étudiée était usitée pour la présentation d'objets divers. Dans Tune des peintures du temple de Phra, à Amada, on voit en effet Aménophis II présentant au dieu du temple quatre coffrets sacrés nommés MÉROUS. La légende est :

Sat mérous *

présentation des Mérous.

La tournure de la phrase analysée est elliptique : le nom du roi, qui devait être exprimé à la fin, est sous-entendu; le môme fait se présente dans le texte que je viens de citer, d'après une stèle de la XII® dynastie, et j'en pourrais invo- quer bien d'autres exemples. Rien de plus fréquent que

1. Prisse^ Monuments de l'Egypte, pi. XXI, lig. 12.

2. Denkm'dler, III, 11, 39.

3. Sharpe, Egyptian Inscriptions, 1" Ser., 80, 3.

4. ChampoUion, Monuments de VÊgypte, I, 47, 1.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 45

cette élision dans les prières funéraires, par lesquelles on demande pour les morts les aliments qui paraissent devant les dieux, ce qui est fréquemment exprimé sans le complé- ment de la préposition devant ^ .

Lig. 15. Toi en sen en ITer-eio entoien ah* t'ot sen tour-nou er dit à eax Sa Majesté tous qui? Ils dirent nous sommes

Lig. 16. pe Ker en H*Ua entew ta aou-nou aa terrassé de H'ita ; il a fait aller nous

er patar pe enti fTer-eio am poar découvrir le Sa Majesté

a Le roi leur dit : « Qui ètes-vous ? » Ds répondirent : « Nous appartenons au H'ita; c'est lui qui nous a envoyés pour découvrir le lieu est Sa Majesté. »

Tous les termes de ce passage nous sont à présent bien connus ; il serait superflu de nous y arrêter.

lig. 15. Vot en sen en IJg. 17. Ifer-ew soutennou en etc Dit à eux par Sa Majesté; il a déserté

pe h'er en ITUa mak sotem-a er foi sou em Lig. 18. iTiraba, le terrassé de Hlta, car j'ai entendu dire lui dans H'iraba.

« Le roi leur dit : « Il a donc déserté l'abject H'ita, puisque j'ai entendu dire qu'il était au pays de H'iraba? » Pour se rendre bien compte de la syntaxe égyptienne des pronoms, Tétudiant fera bien d'examiner avec attention les formes employées dans la conversation du Soleil avec les dieux de son cortège, dans les légendes du sarcophage de Séti P' (Sharpe, Egypiian Inscriptions, 1»' Ser., pi. LXI à LXVII). Il y trouvera notamment les constructions suivantes : ensen EN RA, ils disent au soleil; ensen ra, à eux le soleil dit; en ENSEN RA, le soleil leur dit; sen en ra, ils disent au soleil;

1. Comparez notamment les deux passages, Sharpe, Egyptian Ins- criptions, l*" Ser., 78, 23, et 93, 3.

46 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

EN NEN NE NETEROu, au même disent les dieux. Dans ces exemples, le verbe tôt, dire, parler ^ est sous-entendu, et c'est une circonstance d'occurrence fréquente que j'ai eu Toccasion de signaler; ils démontrent la fonction servile et

arbitraire de ^vvww ou fl ^^^ préfixe, et font voir que les pro- noms sujets, régimes directs et indirects, ne se suivent pas dans un ordre fixe, mais bien dans un ordre variable, selon le caprice du scribe. L'ancien égyptien admettait les inver- sions ; on en trouve même d'assez compliquées, mais je ne puis entamer ici ce sujet, qui exigera un travail d'une cer- taine étendue.

Dans la copie de la Commission prussienne et dans celle de Champollion, la phrase étudiée commence par t'ot sen EN h'er-ew, dit à eux par Sa Majesté, ce qui peut être correct à la rigueur par comparaison avec les formules que je viens de signaler ; mais toute incertitude est levée par le texte du Ramesséum qui donne avant le premier sen^ eux^ la particule du datif en, à.

Le verbe soutennou m'embarrasse. Je l'ai rencontré dans les textes, mais seulement avec le déterminatif de mouve- ment et correspondant au copte cwoin-eit, tendre^ étendre. Ce sens ne convient pas au passage étudié, à moins qu'on n'admette une valeur dérivée, comme se disperser, se dé- bander. Ramsès interroge les deux espions sous la préoc- cupation de l'éloignement de l'ennemi que lui ont affirmé les S'asou; il s'étonne de la réponse dans laquelle ces espions confessent leur identité, et la pensée du monarque a pu être celle-ci : il s'étend donc bien loin le H'ita, puisque ses espions sont près de moi et que son armée, à ce qui m'a été dit, est au pays de H'iraba. Peut-être aussi se demande-t-il si le H'ita déserte le combat, puisqu'il se retire si loin. Dans ce dernier sens, le copte co-btcok, transfugere, fourni- rait une explication admissible du groupe soutennou. Mais les rapprochements coptes n'ont qu'une valeur relative sur

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 47

laquelle je n'aime pas à m'appuyer. J'ai exposé la diflSculté ; on reconnaîtra dans tous les cas qu'elle n'est pas de nature à nuire à Tintelligence de notre texte.

Mak est une particule conjonctive que j'ai déjà rendue par car dans mon mémoire sur le Papyrus Prisse :

Mak si nefer em tata neter^ Nam fllius bonns ex dono Dei (est)

Ug. 18. foi entosen patar pe h'er en fPita haou hna Dirent enx l'explication: le terrassô de H'ita s'est levé arec

(xs'ou hna-ew en-ew

uatioDS nombreuses avec lui» amenées par lui

OOtt

Ug. 19. em ia-ew em neh'tou em.., neb-t enti em

poar mettre lui en 7ictoires de nation toute qui (est) dans l*étendue

en pe io en tfita pe to en Naharaîn de le pays de H'ita, le pays de Naharaîn

Lig. 20. pe Kati er fer-etc aetoa aperou em kerou enthetorou ker le Kati tout entier; eux pourvus d'inlanterie et de cavalerie avec

naûen «'a en^, leurs annes de..

Ug. 21* cu'ott eetou em e'aou en outeb petar aet

nombreuses; eux avec provisions de vivres. Manifeste (est) cela :

haou hir er ker ha Kates* ta

ils se tiennent guettant pour combattre deniôre Kates' la

coupable

Grâce aux imalyses précédentes, nous n'avons plus rien de douteux dans ce passage, si ce n'est peut-être le groupe

1. Papyrus Prisse^ pi. IX, 5. Cf. Le plus ancien livre du monde, dans la Reçue archéologique, 1858.

2. Groupe oblitéré. Je crois qu'il faut y voir les s'aou en' ari kbr^ des Annales de Thothmès III, Voy. E. de Rougé, Sur les testes publiés par M. Greene, p. 30.

48 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

X ^^ , oou, ou, qui signifie étendue^ territoire. Je citerai

quelques exemples à l'appui de ce sens.

Dans Tune de ses campagnes en Asie, Thothmès III sac- cage la forteresse d'Aranta et celle de Kana, hna ou-ew, aoec son territoire^' il est ailleurs question des forts qui se rendirent em pe ou en anaukasa , dans l'étendue du pays d'Anaukasa* .

La stèle d'Amada raconte que les habitants du territoire de Tah'si (ou en tah'si) tombaient renversés devant le navire du conquérant*. Le défunt justifié, assimilé aux dieux, circulait dans V étendue (ou) de TÊlysée égyptien*.

Aucun autre sens que celui d'étendue^ territoire, ne me parait pouvoir convenir à cette expression.

Le passage qui nous occupe constate que les peuples confédérés contre l'Egypte appartenaient à trois groupes principaux : les H'itas, Naharaîn et Kati; le territoire de ces groupes était subdivisé en provinces secondaires, parmi lesquelles le poème de Penta-Our énumère les suivantes qui avaient pris une part active à la guerre contre l'Egypte : Aratou, Maasou, Patasa, Kas'kas'^ Aroun ou Aloun, Kat'- ouatan, H'iraba, Aktara, Kates', Raka, Tenteni et Kair- kamash.

L'étude de cette géographie contemporaine de Moïse est tout entière à faire; il n'y a rien de sérieux dans les rappro- chements qu'on a tentés jusqu'à présent ; Tonap n'est pas plus Thanara, qu'Amaouro n'est Bemmari^ que H'iraba n'est Liba, ni les Abii les plus justes des hommes^. Si TAranta est l'Oronte^ comme c'est très vraisemblable, Kates' ne peut être Édesse, lors même que la lecture Atesh, proposée par

1. Denkm'dler, III, Bl. 30, a. 10.

2. Lepsius, Auswahl, Xll, 30.

3. ChampoIIion, Notices manuscrites, t. I, p. 106, iig. 17 de l'ins- cription.

4. Todtenbuch, oh. lxii, 3.

5. Fr. Lenormant, Les Livres chez les Égyptiens^ p. 275.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 49

M. de Rougé, serait exacte. Je l'avais d'abord admise moi- même, mais les motifs qui ont décidé MM. Bircb, Lepsius et Brugsch, en faveur de la valeur KAT, KOT, doivent l'em- porter. Une preuve convaincante de la lecture KOT dérive de la comparaison des variantes du nom de la bourgade égyptienne qui devint la ville d'Alexandre. On trouve ce nom dans la stèle du prêtre Pi-shere-en-Ptah, sous la forme

X Q û '^ qui correspond au copte p«jio^, Rakoti. Dans

certaines variantes, le T n'est pas exprimé. Il est donc bien

certain que le signe m équivaut à la syllabe KOT et non à

AT ni à SAT. Édesse n'a donc rien à faire ici, non plus que Cadès de l'Exode; mais on pourra chercher les ruines de Kates' sur les bords du fleuve qui l'entourait de ses eaux et dont le lit faisait, au voisinage de cette ville, un coude très prononcé. Lorsqu'il possédera à fond l'intelligence des textes égyptiens, l'investigateur sérieux y trouvera les seules indi- cations certaines sur lesquelles il soit possible de compter aujourd'hui. En attendant^ il faut se garder des faciles illu- sions d'une érudition à coup de vocabulaire.

Lig. tt. Han erta ITer-eio os*tou oerou em ka-n

Voici que fit Sa Majesté être appelés les généraux en présence

er ta sotem-sem

pour faire qu'ils entendissent

Lig. 23. Totou-neb't tôt en pe hapou II en ITita enté em

paroles toutes dites par les espions 2 du H'ita qui (étaient) en

ha-n présence.

« Alors le roi fît appeler devant lui les généraux, afin qu'ils entendissent tout ce qu'avaient dit' les deux espions du H'ita qui étaient en sa présence. »

Cette phrase est d'une construction élémentaire ; elle ne demande aucune justification.

BlBL. iCYPT., T. X. 4

50 L'iNSGRiprroN hiéroglyphique d'ibsamboul

Lig. 23. Tôt en ffer- etc en-sen patar4en pe ah'er en ne mourou Dit Sa Majesté à eux : « Découvrez le cas des préposés

a'aou en ne oerou en ne toou en aa-per-ti onh" oiUa* senb aux nations des généraux des terres du roi,

em ew en ceci. »

Dans ma traduction des inscriptions du temple de Rade- sieh, j'ai discuté le groupe H <g> sh'er, l'un des plus im- portants de la langue égyptienne à cause de la multiplicité de ses fonctions. Il signifie le plus ordinairement plan, des- seirij projet, conseil; accessoirement, c'est le sujet d'un tableau, la condition d'un marché, d'une convention ; c'est aussi le fait, la situation, le cas, la condition, la circons-- tance d'une chose ou d'un individu. Dans notre phrase, le roi appelle l'attention de ses généraux sur le cas dans lequel se trouvent placés, par leur négligence, les fonctionnaires chargés de l'instruire. Voyez le cas, le fait des préposés, etc. ; ils m'ont fait dire : « le H'ita est à H'iraba, » tandis qu^U est ici près de nous.

Dans la harangue qui termine l'inscription, Ramsès pro- clame que tous les faits (sh'br) qu'il a rapportés, il les a accomplis à la vue de son armée.

Le groupe ^| w^ i , mourou s'aaou, est remplacé à

la ligne 30 par ^^ , mourou ... ; cette variante semble nous

donner la valeur phonétique de , mais il faudrait en

trouver d'autres exemples. J'hésite d'ailleurs sur la lecture de l'hiéroglyphe qui représente un animal couché, et ne puis garantir le son s'aaou que j'admets provisoirement pour me conformer à Topinion la plus généralement adoptée. Deux ordres de fonctionnaires sont inculpés par Ramsès ;

1. Une Inscription historique, p. 21, note 92.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 51

les premiers sont les préposés aux nations, sans doute les oflSciers chargés de l'administration des pays tributaires ; les autres sont les généraux des terres du roi, c'est-à-dire des provinces de l'Egypte. Ces désignations font ressortir l'oppo-

fVA/l

sition que j'ai déjà signalée dans l'emploi des groupes et

Lig. 24. îri sen ha hi Vot en aa-ptr-ti onh' outà* aenb em monh* Ils se sont levés pour dire aa roi en office :

Ug. 25. pe ITita em pe U> en H*iraba sou ouar er-ha-t

le H'ita (est) dans le pays de H'iraba ; il se retire devant

H'er-ete fer eotem-eto er Vot

Sa Majesté depuis qu'il a entendu parler

Deux expressions nous arrêteront un instant : la première est EM monh' in opère, in qfficio. Nous la retrouverons plus loin, dans deux autres passages où, comme ici, elle pourrait être supprimée sans nuire à la clarté de la phrase. Ainsi le roi, continuant son discours, reproche à ses officiers de n'avoir pas su lui dire em monh', ce qu'il vient d'apprendre des espions; puis, prenant des mesures contre le péril, il ordonne em monh', ce qu'il y avait à faire.

Il me semble que cette espèce d'adverbe caractérise l'exer- cice officiel d'un devoir ou d'un pouvoir quelconque. C'est dans ce sens que j'ai traduit. On sait d'ailleurs que le mot MONH* signi&e fabriquer y former, exécuter.

La seconde expression à examiner est ^j^> ouar; ce mot veut dire passer d'un lieu dans un autre, voyager. C'est le terme employé au traité des H'itas, dans les clauses des gens qui passaient d'Egypte au pays de H'ita et récipro- quement du pays de H'ita en Egypte V

1. Une Inscription historique, p. 13.

2. Derûcm'dler, III, BI. 146, Ug. 32, 33, 34.

52 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

Lig. 25. Maktoui aou'-t Ker sen hi toi en H'er-eœ em monh* Cependant il allait à eaz de parler à Sa Majesté en office

Lig. 26. h'er patar iri-^ sotem em tai ounnou em

d'après la révèlatioa (que) i*ai tait entendre en cette heure en

ta pe hapou II en pe h'er en H'Ua er Voi pe h*er en faisant les espions 2 du terrassô de H'ita parler. Le terrassé de

H*ita aou hna as* ou hna-eœ em retou

H'ita est venu avec nations nombreuses avec lui en hommes

hetorou et chevaux

Lig. 27. A'a as'ùu B*a setou haou ha Kates' ta

comme nombreux sables; ils se tiennent derrière Kates' la

asi coupable

La particule conjonctive maktout commence la phrase ; c'est une forme compliquée de mak, mot étudié plus haut ;

nous trouverons plus loin h'ertou qui dérive de , h'er.

Dans le texte hiéroglyphique de Rosette, les alinéas sont amenés par une expression analogue em-outout, qui corres- pond au grec xai ou Se. On trouve le môme terme dans le décret de Philœ et dans le traité des H'itas.

La phrase aou-t h'er sen, il allait à eux, il leur revenait, il leur appartenait^ a ses analogies dans différents textes ; par exemple aou er het-a, il va à mon cœur, il me convient^ ; AK ES em het en ouabou, H est entré au cœur des prêtres^ il a convenu aux prêtres, "ESofev toT<; upeûaiV

L'expression ta er t'ot, faire parler, est construite comme sotem er t'ot, entendre parler; devant l'infinitif, la particule er correspond à l'allemand zu et à l'anglais to.

1. Denkniàler, III, Bl. 140, 8.

2. Inscription de Rosette^ texte hiéroglyphique, lig. 5; texte grec^ lig. 36.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 53

La particule hébraïque h remplit fréquemment des fonctions analogues.

Ug. 27. H*er iou aou ho rébU ne mouron hna ne oerou

Mais n'ont pas sn, les préposés aux nations avec les généraux

enti ne ioou en aa-per-ti onh' outa* senb er h'et sen que les terres du roi à leur suite.

« Mais ils n'ont rien su, les préposés aux provinces étran- gères, ni les généraux qui commandent aux terres du roi. »

II n'y a d'embarrassant dans ce passage que les trois der- niers mots <z> ''^'^^ , ER h'et sen ; veut dire bois

et sert quelquefois à nommer le bâton sur lequel s'appuient les défunts dans leurs courses d'outre-tombe. Le signe du commandement des hauts fonctionnaires égyptiens, notam- ment des OEROU est un bâton du même genre ; mais est aussi une abréviation de la préposition _ 7^ , après, auprès,

à la suite, vers, envers. Je ne vois pas bien clairement Tac- ception préférable dans la phrase étudiée, mais il s'agit cer- tainement d'une expression qui désigne l'autorité des Oerou sur les nomes de l'Egypte.

Lig. 29. Aou Vot ne oerou enti em ha-n tTer-eto

Vinrent dirent les généraux qui (étaient) devant Sa Majesté

er enti botu qu'abominable

Lig. 90. aa pe irou en ne mourou hna ne

beaucoup (était) Tacte des préposés aux nations avec les

oerou en aa-per-ti pe iem ta ha-t eotem-tou

généraux du roi ; le non avoir fait d'avance être entendu

Lîg. 31. en sen er pe h*er en H'ita en pe d'eux pour le terrassé de H'ita en ce

Lig. 32. enti neb sou am que tout lui à

54 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

A Les généraux qui étaient devant le roi vinrent dire que c'était un acte très abominable qu'avaient commis les pré- posés aux provinces étrangères et les généraux du roi, en ne se faisant pas renseigner par avance sur tout ce que faisait le H'ita. »

Je ne reviendrai pas sur l'explication des tournures ellip- tiques dont nous retrouvons ici un échantillon; elles ne peuvent embarrasser personne. Le phallus isolé signifie d'avance, par avance, de même qu'il signifie devant lorsqu'il est précédé de la particule km et auparavant avec la prépo- sition t'er.

Lig. 3^. em-tou aen hi Vot^ sh'a en fTer-tc en monh' han an-aen Étant eux à parler, ordonna Sa Majesté en office; voici qui étaient

Lig. 33. em /lo en t'et er ous.., kerou en fTer-eto mission à un officier de courir. . . les soldats de Sa Majesté

an sen hi maa'a qui étaient à marcher

Lig. 34. hi res a'abtoun er enou-t'OU er pe enti ffer-ew am au midi de S'abtoun pour ramener eux à le Sa Majesté

Je fais remarquer encore une fois le rôle spécial de la pré- position HANj voici que; elle annonce un événement qui est la suite, la conséquence de ce qui précède, tandis que AS se rapporte à un fait préexistant. On notera aussi dans ce passage l'excellent exemple de l'emploi de la particule am-ho que j'ai déjà discutée.

Le ^^ , t'et, est probablement un officier secondaire

de l'armée ; on trouve ce titre dans plusieurs textes dont aucun ne me fournit de renseignements sur la nature des fonctions qui lui étaient attachées.

^K^ 1 A , Qs, veut dire se hâter, courir vite; c'est le copte

icoc, festinare .

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 55

Bz. : ar ah-ek sh'er em korh oeit aou-w h'eper ous* ar si tu désires projeter dans la nuit la clarté, elle se fera vite : si tu

i'ot-ek en moou mai hi toou per noun ous* dis à l'eau : « Viens du rocher, » il sort un abîme d*eau vite.

Après le mot ous est une courte lacune due à la dégra- dation de la muraille d'ibsamboul ; par un hasard fâcheux, la même lacune existe dans le texte du Ramesséum, mais il est évident qu'il s'agit de courir après l'armée égyptienne, d'aller à sa recherche pour la ramener au secours du roi.

Lig. 34. As oun H'er-eio

Voilà qu'étant Sa Majesté

Lig. 35. senefem hi fodou hna ne oerou aou pe h'er en H*ita assis à parler avec les généraux, et le terrassé de H'ita

aou hna kerou vint avec soldats et

Lig. 36. entketorou-ew em h'a-t as'ou enti

cavaliers de lui, pareillement nations nombreuses qui (étaient)

hna-eœ t*ai sen ma 8*et enti hir res Kates*

avec lui; ils traversèrent du fossé qui (est) au midi de Kates';

9eiou aoa em pe kerou en FTer-ew aou-ou hi

ils vinrent contre les soldats de Sa Majesté qui étaient à

mas'a aou men reh* sen marcher et non ils savaient

a Tandis que le roi assis sur son trône parlait encore à ses généraux, le H'ita vint avec ses fantassins et ses cavaliers ainsi que les nations nombreuses qui étaient avec lui ; ils tra- versèrent le fossé qui était au midi de Kates' et se jetèrent sur l'armée du roi, qui continuait sa marche et ne savait rien. »

Je me suis déjà expliqué sur les difficultés que présente le

1. Inscription de Kouhan, dans Prisse, Monuments, pi. XXI, 13.

2. Id., tfrid., pi. XXI, 17.

56 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

mot s'et, le seul qui jette quelque incertitude dans la tra- duction de la phrase. Le texte d'Ibsamboul s'arrête aux groupes Hi RES kates', au midi de Kates'; la mention de l'attaque contre l'armée égyptienne provient du Ramesséum; mais le passage suivant, qui est commun aux deux textes, montre que, dans le mouvement offensif, les confédérés culbutèrent d'abord un des corps de Tannée qui se portait au secours du roi.

Ljg. 36. Han batcu^ kerou

Voioi que faiblirent les soldats et

Lig. 37. entketorou en H*er-ew er ha-t-sen em h* et er penti les cavaliers de Sa Majesté devaut eax, en allant à

Ifer-ew am Sa Majesté

« Alors devant eux faiblirent les soldats et les cavaliers du roi qui se rendaient auprès de Sa Majesté. »

Le seul terme nouveau dans ce passage est j__-,^> BATAs', qui signifie faiblir, affaiblir, engourdir. Ce mot, dont M. de Rougé a donné le sens dans sa traduction du poème de Penta-Our, se rencontre au Rituel dans un passage il exprime l'engourdissement, la perte de forces qui est la conséquence de la morsure d'un reptile \

Lig. 37. AS'tou anhou pe fou en pe h'er en H*ita nen

VoiU qu'avait entoure la troupe du terrassé de H'ita les

Lig. 38. 8*esou en tTer-w enti er ma-ew han nemh

serviteurs de Sa Majesté qui (étaient) auprès eUe ; voici qu'aperçut

set Wer-ew cela Sa Majesté

Le verbe anhou, entourer, envelopper, me semble trop connu pour mériter une discussion spéciale; il en est de

1. Todtenbuch, cxlix, 27.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 57

même du groupe '^|^8-^^, nemh, observer, apercevoir,

surveiller, dont le sens est établi par un grand nombre de passages sans ambiguïté. On n'est pas d'accord sur la valeur phonétique du premier signe, l'oiseau becquetant à terre. Je le lis NEM à cause des variantes :

^^1^^^-^ TodtenbucK 146, 8. ll^i"!^^^ /6trf.,146,15«ari.

T ^ @v P tk -p^ Greene, Fouilles à

Je crois que / ^ J ^ ^ y,^^^^^^ XI-1, ult.

est encore une autre forme du même mot. Ces variantes donnent l'équivalence :

^'^\r k ^ ^^' ^^^'

Dans le groupe ^""^l ^^^» kenemou, que m'a signalé M. Bircb, la patte de l'animal est bien évidemment une redondance de |v » nm, nem.

Je citerai encore le mot fl ^;^ ^'^ , snem, dans lequel

l'oiseau becquetant remplit le rôle du déterminatif du son

NE^f.

Quand au signe 1, je ne lui reconnais le son nem que

dans certains cas, car il est bien certain qu'il n'a pas tou- jours cette valeur. Par exemple, dans le nom des Nahsi, les Nègres, il exprime fréquemment la syllabe nah; il figure aussi la syllabe aa dans le nom des Aamous, les Asiatiques. Ce signe représente alors le poteau auquel sont attachés les prisonniers de guerre et qui sert ordinairement de détermi- natif aux groupes qui désignent les nations étrangères. C'est

I

L

58 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

un stigmate de barbarie auquel les scribes se contentaient d'ajouter la dernière syllabe des noms méprisés que les Égyptiens reconnaissaient aisément sous cet artifice d'écri- ture. Le signe 1 est quelquefois aussi une abréviation des groupes 1^ et "jj , dont le premier correspond aux phoné- tiques TENNOU et KïM, et le second à res. On trouve par exemple ^ pour Ij^, tennou, et ^ pour ^

KiM, ce qui s'explique par un artifice graphique analogue à celui que je viens de signaler. Il n'en résulte pas que | soit

constamment tennou ou kim plutôt que aa, nah ou nbm ; mais l'on doit conclure que cet hiéroglyphe admettait diverses valeurs et probablement un plus grand nombre encore^ selon le sens des groupes dans lesquels on le trouve employé . Je ne suis pas en mesure de donner de valeur phonétique de

Ces signes symbolico-phonétiques, qui laissent une si grande marge à la fantaisie des hiérogrammates, ne soat heureusement pas nombreux dans les hiéroglyphes .

Lig. 38 Han-eto e^ara er aen h'a teto Mont

Voioi qu'il fut une panthère contre eux, comme son père Mont,

neb ouabou 8'op enrcvo Kakerou kerou

seigneur de la Thèbùde; il prit les parures du combat;

Lig. 39. Vaî'^io paî-eœ t'irina sou Ka Baar em

il saisit sa lance; il (était) semblable à Baar, à

ounnou-ew han-etv tes er pew hior au-eto hi son heure; voilà qu'il monta sur son cheval; il fut à

Lig. 40. h*orp ous aou-evo oua hi ape-eto aou-ew ak em pe Vou

a'èlancer; il était un de sa tète (seul), il entra dans la troupe

ne Ker en fTita hna ae'ou enti

du terrassé de H'ita avec les nations nombreuses qui (étaient)

hna^ew <iou ffer-ew h'a Souteh* aa-pehpeh hi avec lui; était Sa Majesté comme Souteh, le très vaiUant, à

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 59

(waoua hi sam em sem aou ITer-ew hi ta

immoler, à massacrer au milieu d*euz; lut Sa Majesté à faire

hou sert en kebkebou am oua hi oua er pe moou en Arania tomber eux en cadavres en un sur un dans Teau de l'Oronte.

J'ai suivi le texte de Ramesséum, qui est beaucoup mieux conservé sur la fin de Tinscription. Le passage dont je viens de donner le mot à mot ne présente pas de difficultés^ et je me contenterai d'un petit nombre de remarques.

Le mot s'ara est déterminé par le portrait d'un animal de l'espèce féline, sans doute un léopard ou une panthère. Dans l'inscription d'Amada, le même mot se rapporte à la cruauté ou à l'impétuosité d'un animal de la même famille \

Les tableaux militaires représentent Ramsès armé de l'arc ; mais ce n'est pas cette arme que désigne l'expression t'irina. Aux chars de guerre étaient fixés, en avant, le car- quois rempli de flèches, et, en arrière, une espèce de gaine dans laquelle étaient placés deux lances ou deux longs jave- lots. Cest vraisemblablement ce que le texte nomme t'irina.

J'ai étudié plus haut le mot ous, qui désigne les actions rapides . H'orp signifie commander, diriger, et présenter, offrir. H'orp ous ne peut être qu'une sorte d'idiotisme exprimant l'idée se mettre à courir, s'élancer.

Le récit se termine avec ce paragraphe; le reste de Tins- cription est un discours de Ramsès :

Lig. 42. Hat-xi nelh-t aou-a ouakeoua aou Kaou-a

Me craignent nations toutes, j'étais seul et avaient abandonné

p€Û kerou iaî enihetorou bo ha oua em sen er moi, mes soldats et mes cavaliers; non a tenu un d'entre eux pour

annou en onh'a meriou-a Phra hasiou-a atevo

revenir à ma vie. Mon amour, c'est Phra; ma louange, c'est mon

1. ChampoUioD, Notices manuscrites, t. I, p. 105, lig. 3 de Tins- criptioD.

60 l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul

Tum* as sh'er neb foi en ffer-a aria setou em ma, Toam. Est fait tout dit par ma Majesté, j'ai fait eux* en vérité

em ha-n kerou-a enthetorou-a devant mes soldats et mes cavaliers.

Je considère ce dernier paragraphe comme suffisamment justifié par la traduction interlinëaire, et me dispenserai conséquemment d'ajouter à mon travail de nouveaux détails analytiques. Il m'eût été facile d'entrer, à propos de la plupart des mots discutés, dans des développements plus considérables et plus concluants encore, mais c'eût été faire un gros livre. Écrivant pour les personnes qui ont du moins quelques notions du système de Champollion, j'ai compter un- peu sur l'expérience de mes lecteurs et me borner à justifier les mots et les formes les moins usités. Au surplus, l'inscription d'ibsamboul peut être considérée comme un texte facile, et le mot à mot que j'en ai donné est de nature à satisfaire aux exigences d'une critique de bonne foi. J'ai du reste fait la part des points douteux et, sous cette réserve, je me crois en mesure d'affirmer que ma version est aussi certaine que peut l'être une traduction d'un texte grec ou latin. C'est en effet vers une certitude rigoureuse que marche à pas lents, mais sûrs, le perfectionnement de la méthode de Champollion, qu'il ne faut pas confondre avec celle de quelques-uns de ses disciples prétendus. Mon travail a eu pour but de faire ressortir cette importante distinction; parmi les erreurs que j'ai relevées, ou que le lecteur pourra relever lui-même en comparant ma version à celle de M. Lenormant; il en est d'assez saisissantes, d'assez matérielles pour frapper les yeux, non seulement des débu- tants dans l'étude des hiéroglyphes, mais encore tout philo-

1. Ceci rappelle le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge, n^ nnan np, « Ma force et ma louange, c'est Jéhovah ! » (Exode, XV, 2).

2. Pluriel se rapportant à un collectif.

l'inscription hiéroglyphique d'ibsamboul 61

logue étranger à cette étude. On m'accordera, jeTespère, que des résultats aussi disparates ne proviennent pas de la même méthode d'investigation. Celle que j'ai adoptée et que je considère comme le développement naturel des principes et des recherches de ChampoUion, a été exposé par M. de Rougé dans son Mémoire sur l'inscription d'Ahmès, ouvrage qui a réuni les suffrages de tous les savants. Mais il ne suffit pas de louer, il faut comprendre et surtout insister, et pour y parvenir, un travail persévérant est indispensable. D'ac- cord avec moi sur le mérite de l'ouvrage de M. de Rougé, M. Lenormant n'a cependant pas voulu s'astreindre à la méthode sévère du savant académicien ; il en suit une autre, qui est favorable à la fantaisie et à Tapplication des idées préconçues. Mais la fantaisie n'a pas de lois; travaillant sépa- rément sur des textes non encore expliqués, deux adeptes de cette méthode, que j'ai appelée imaginaire, arriveront inévitablement à des résultats très différents. Mise au con- traire au service d'une idée préconçue, cette méthode ne connaît pas d'obstacles; pour elle, les hiéroglyphes n'ont plus de mystères, le vocabulaire égyptien plus de lacunes.

Mais, disons-le bien haut, il n'y a rien de commun entre ce vague système d'investigation et la méthode de Cham- poUion, qu'il serait injuste de rendre solidaire de semblables écarts . Il est du reste une considération rassurante, c'est que les systèmes qui s'adressent à l'imagination, et non à l'intel- ligence, sont nécessairement stériles. Ils ne peuvent faire de prosélytes; ils meurent avec leurs inventeurs, tandis que la science d'observation poursuit sans interruption sa marche dans la voie du progrès * .

1. Depuis qaece travail est à Timpression, j'ai reçu plusieurs ouvrages d'égyptologie auxquels j'aurais pu faire d'utiles emprunts; je citerai en première ligue le beau mémoire de M. de Rougé sur l'inscription de la princesse de Bachten, la seconde partie de la Géographie antique de M. Brugsch et le Konigsbuch de M. Lepsius.

SUR

LES PAPYRUS HIÉRATIQUES*

AVANT-PROPOS

A son passage à Aix en Provence, ChampoUion fut admis à étudier les Papyrus hiératiques appartenant à M. Saliier. Avec sa pénétration habituelle, l'illustre maître parvint à distinguer le sujet de Tun d'eux et reconnut d'ailleurs que cette collection de manuscrits datait du temps de Moïse. Acquis plus tard par le Musée britannique, ils furent publiés en 1843, avec ceux de la collection Anastasi, sous le titre de Select Papyri in the Hieraiic Character,

Ces textes précieux restèrent longtemps négligés par les égypto- logaes; Tattention des savants ne fut réveillée qu'en 1852 par la publication de la notice de M. de Rougé sur le Papyrus de Mm« d'Orbiney, aujourd'hui connu sous le nom de Roman des Deux Frères. L*éminent traducteur établissait d*une manière péremptoire que ce manuscrit, qui avait appartenu à Séti II, fils de Mérienptah, successeur de Ramsès II, provenait de la même école de scribes que ceux du Musée britannique. On acquit ainsi la certitude qu'il existait à la disposition des savants un recueil d'ouvrages littéraires dont la confection matérielle remontait au voisinage des événements racontés par T Exode.

Ainsi caractérisés, ces manuscrits offraient un appât puissant à la curiosité de tous, mais surtout au point de vue des annales hébraïques. Il n'était pas déraisonnable en effet de supposer qu'on

1. Extrait de la lictue archéologique, 2* série, 1860, t. II, p. 223-241.

64 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

y pourrait trouver quelques mentions relatives aux désastres dont l'Egypte fut frappée à Toccasion de la sortie des Juifs.

Sous cette préoccupation, le révérend D. S. Heath se livra, sur les Papyrus hiératiques, à une étude dont, en 1855, il publia les résultats dans un ouvrage intitulé : The Exodus Papyri (/es Papyrus de t Exode). Il y donnait la traduction de cinq de ces documents.

Ainsi qu'on devait s y attendre d'après le titre du livre, ces traductions se prêtaient assez facilement aux rapprochements bibliques; du sens littéral à formes un peu indécises qu'il avait trouvé, l'auteur, à Taide d'un commentaire ingénieux, faisait ressortir ces rapprochements; il réussit ainsi à découvrir dans les hiéroglyphes les noms de quelques personnages importants de l'Exode et des allusions à plusieurs des événements racontés par la Bible.

Mais M. Heath, selon sa pittoresque expression, avait empor/^ d* assaut la langue égyptienne ^ Dans cette brusque et vaillante attaque, il s'était rendu maître d'un immense butin; malheureu- sement il en fut ébloui lui-même; entraîné par un décevant mirage, il ne prit ni le temps ni le soin d'organiser sa conquête et se hâta un peu trop d'annoncer au monde sa grande découverte des papyrus de l'Exode. Dans la réalité, les traductions du savant anglais étaient erronées et les rapprochements bibliques reposaient sur des contresens.

Malgré ses erreurs fondamentales, l'ouvrage de M. Heath té- moignait d'un travail ardu et révélait en son auteur des qualités rares même parmi les interprètes des hiéroglyphes; néanmoins les égyptologues accueillirent avec assez d'indifférence ce livre curieux à plusieurs titres. Je fus le premier à en condamner ouver- tement les déductions, en les plaçant sur le même rang que les chimères enfantées par les plus vagues systèmes d'interprétation *.

Mais après une nouvelle période de silence et d'oubli, les Papyrus de l'Exode furent bruyamment remis en scène dans un article publié par le journal littéraire le Correspondant*. Ici,

1. The Exodus Papyri, p. 59 : The egyptian language will be stornied.

2. Le plus ancien Liore du monde; Revue archéologique, 1857, p. 25.

3. Numéro de février 1858.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 65

pins de textes indécis; sous la plume da nouveau traducteur apparaissent aux yeux les moins clairvoyants les fléaux de VÉgypiCy les bijoux enlevés aux Égyptiens, Moïse saucé des etuiXf la destruction des Égyptiens dans la mer Rouge, la puri- fication avec rhysopCy la corruption des Israélites par les filles de Moab et de Madian, etc. Il n'est plus besoin de longs com- mentaires.

Présentées comme le résultat des leçons de M. Ch. Lenormant au Collège de France, pendant Tannée 1857, ces traductions, dont on annonçait la justification prochaine, étaient accompagnées de défis portés à la critique et s'imposaient ainsi à la confiance du public. Néanmoins, malgré l'importance des faits annoncés, malgré Tassurance de leur divulgateur, la plupart des égypto- logues ne renoncèrent pas à leur système d'indifférence, et je fus seul à penser que le silence était un acquiescement et non une réfutation. Il me sembla dangereux de laisser s'accréditer d'aussi énormes erreurs, dont le moindre inconvénient était de discréditer la science du déchiffrement des hiéroglyphes et de compromettre les intérêts religieux qu'on croyait servir. L'article du Corres- pondant eut en effet quelque retentissement dans certains organes de publicité; il fut notamment reproduit et commenté dans la Revue catholique de Louvain, sur la fin de 1858, et dans le journal italien la Scienza e la Fede, au commencement de 1859 \

L'impression de mon mémoire sur l'inscription d'Ibsamboul dans la Revue archéologique avait été retardée par des difficultés matérielles. Dans cet article, que les lecteurs de la Revue n'ont peut-être pas oublié*, je m'étais attaché à mettre en relief la com- plète inanité du système d'interprétation auquel était due la décou- verte retentissante de faits bibliques dans les textes égyptiens; mais comme la démonstration s'appliquait à un texte différent, je me proposai de faire plus tard un travail identique sur les Papyras hiératiques.

Mes énergiques protestations ne devaient en effet pas suffire; ceux que leur indication particulière portait à vouloir invoquer l'autorité des papyrus en faveur de la Bible, qui se passera fort

1. Janvier et mars 1859.

2. [C'est l'article reprodoit en tète du présent volume.]

BiBL. âGYPT., T. X. 5

66 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

bien de cet inutile appui, n'en tinrent aucun compte. Dans un récent mémoire sur la XIV' dynastie de Manéihon, M. Robiou, docteur es lettres et professeur d'histoire^ reprend le thème de M. Lenormant. a Je ne veux pas nier, dit cet écrivain, que les papyrus égyptiens analysés ou traduits dans cet article (rarticle du Correspondant) parlent de Moïse. Ceci est au contraire pleine- ment démontré. . . M)

Et M. Robiou cite à plaisir ces prétendues traductions dans lesquelles il relève les circonstances même très secondaires du récit biblique.

Assurément, si M. Robiou eût pu supposer qu'il n*y avait pas un mot d*exact dans la version sur laquelle il s'appuie, il se fût bien gardé de la prendre pour base de ses dissertations historiques. On ne peut guère au surplus lui en faire un reproche; car dans rétat de morcellement des notions arrachées à Tinterprétation saine des textes et des monuments égyptiens, il est très difficile aux savants étrangers à la méthode de faire un choix éclairé. Les véritables égyptologues n'avancent qu'avec une réserve extrême; car s'il leur est aisé de reconnaître la fausseté des traductions imaginaires, il ne leur est pas toujours possible d'arriver sans de grands efforts à reconnaître le véritable sens des textes; leurs allures se ressentent un peu des difficultés de la matière et de la marge d'erreurs possibles : aussi ne doit-on pas s'étonner de voir M. Robiou traiter de simple hypothèse l'opinion de M. de Rougé sur l'identification du pharaon de l'Exode, tandis qu'il accepte très volontiers, de la part de M. Lenormant, Vlannès gui résista à Moïse.

Or, il n'y a dans les papyrus pas plus àHannès que de Moïse, pas plus de Juifs que de peuple de Sem, pas plus de circoncision

1. Annales de philosophie chrétienne, septembre 1859, p. 177. On sait que le pharaon qui opprima les Hébreux les avait occupés à la construction de diverses forteresses dont Tune porte le nom de Ramsès (Exode, I, 11). C'est un trait exact des usages égyptiens; les textes ori- ginaux mentionnent des citernes, des temples, des forts, des tours, etc., désignés par le nom des rois qui les firent établir. Cependant le thème de M. Robiou consiste à démontrer que les Hébreux sont sortis d^Égypte sous le règne d'Horus, c'est-A-Kllre avant qu*aacun des Ramsès eût régné sur l'Egypte.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 67

qae à*hysope^ pas plus de magicien que d'assoupissement dans les eaux; il ne s'y trouve même rien d'approchaut et c'est ici le cas de répéter, pour l'honneur de la méthode, ces mots que j'ai déjà écrits dans mon mémoire sur l'inscription d'ibsamboul : « Des traductions aussi erronées sont absolument impossibles. »

Détourné de Tétude des papyrus du Musée Britannique par un travail considérable qui va bientôt paraître, j'ai accepté avec joie la proposition que m'a faite mon honorable ami, M. Ch. Wycliffe Goodwin, de traduire pour la Reçue ses recherches sur les mêmes monuments. M. Goodwin en a déjà fait Tobjet d'une dissertation spéciale dont les principaux résultats ont été consignés dans les Essais de Cambridge \ Personne mieux que lui n'est à même de donner à Texplication de ces documents une forme analytique» satisfaisante pour la critique, qui a le droit de se montrer exi- geante. De l'étude qui va suivre découleront un grand nombre de faits curieux pour les mœurs et les usages des temps pharao- niques. Elle mettra d'ailleurs un terme à une lourde erreur qui a déjà trop duré, et les Papyrus de V Exode cesseront d'en imposer

à la crédulité publique.

F. Chabas.

I

En 1858, j'insérai dans les Essais de Cambridge un article traitant des Papyrus hiératiques*. Mon but était alors de résumer pour le public en général les résultats des recherches les plus récentes dans cette branche de la philologie. J'y rendais compte du Roman des Deux Frères et du poème de Pen-ta-our * , d'après les traductions de M. de Rougé, ainsi que des Maximes de Ptah-hotep, ex- pliquées par M. Chabas\ et j'y avais joint, comme résultat

1. Vol. de 1858, p. 226.

2. Hieratic Papyri; Cambridge Essays, 1858, p. 226 sqq.

3. Le Poèm£ de Pen-ta-our^ Paris, in-8*.

4. Le plus ancien liere du monde; Reçue archéologique, t. XV, p. 1.

68 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

de mes propres travaux, la traduction de divers passages des Papyrus Sallier et Anastasi ainsi que mes vues sur les parties de ces documents que je ne pouvais traduire avec certitude.

Écrit pour le public en général, cet article ne contenait aucune analyse littérale des textes interprétés. Il eût été du reste difficile d'aborder ce genre de justifications sans l'assistance d'un type hiéroglyphique tel que celui qui existe en France. L'Angleterre ne possède encore rien de sem- blable. Cependant, en matière d'égyptologie, on ne peut être admis à imposer à la confiance des savants des traduc- tions que bien peu de personnes sont à même de vérifier, si l'on ne peut en même temps faire connaître le procédé au moyen duquel on s'est rendu compte des sens qu'on a adoptés.

Aussi ai-je saisi avec empressement l'occasion de m'ac- quitter de cette obligation, en acceptant l'offre obligeante de mon ami, M. F. Chabas, qui veut bien traduire et insérer dans la Revue archéologique les explications analytiques que je suis en mesure de donner.

Ces justifications sont d'autant plus nécessaires que mes vues, en ce qui touche le contenu des Papyrus épistolaires, diffèrent complètement de celles d'un de mes compatriotes qui m'a précédé sur ce champ de recherches. Je veux parler du Révérend D. S. Heath. Dans un ouvrage intitulé : Les Papyrus de l'Exode (Londres, 1855) \M. Heath s'est efforcé de démontrer que ces papyrus sont en rapport avec quelques- uns des faits relatés dans V Exode. Quant à moi, je n'y vois absolument rien de pareil, mais seulement des lettres fami- lières sur différents sujets sociaux et moraux et sur les attri- butions ordinaires des scribes pharaoniques.

N'ayant en vue aucun système spécial d'histoire ou de chronologie, j'ai limité ma tâche à l'élucidation de la teneur

1. The Exodus Papyri, London, 1855.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 69

véritable de ces documents, d'après les principes de la saine philologie, avec Tespoir d'étendre nos connaissances sur l'antique langue des Égyptiens, et sans prétendre au but plus ambitieux d'en déduire des conclusions historiques.

Les Papyrus hiératiques, ceux du moins qui ont un carac- tère littéraire, offrent à l'investigateur consciencieux de riches matériaux pour la reconstruction de la langue des Pharaons. Sous le rapport de la valeur philologique, ni le rituel, ni les autres textes funéraires, ni les inscriptions historiques officielles elles-mêmes, ne peuvent être comparés avec les monuments de la littérature hiératique. Ils ont servi, il faut le reconnaître cependant, à jeter les fondements de la science; mais il sera bientôt temps de faire luire sur ces textes mystiques, ou de formes traditionnelles, la vive lumière qu'ils nous ont aidé à faire jaillir des écrits hiéra- tiques. Grâce à ce secours inespéré, nous réussirons enfin à comprendre les passages les plus obscurs du Rituel, et nous obtiendrons des monuments historiques de plus solides inter- prétations.

Dans mon présent mémoire, je me propose de donner la traduction des Papyrus Sallier et Anastasi, au moins dans les passages que je regarde comme les plus intelligibles et les plus instructifs au point de vue de l'étude de la langue. Je justifierai chacune de mes traductions et ferai ressortir avec soin tous les points restés incertains dans mon esprit. Mais avant d'aborder ce travail analytique, je crois devoir jeter un coup d'œil général sur l'ensemble des matériaux que comprend cette étude et sur l'état actuel de la science à leur égard.

La preïnière mention revient de droit au Papyrus Prisse. Un fac-similé de ce vénérable document a été publié par M. Prisse d'Avenue \ Malheureusement l'édition en est au-

1. Fac-similé d'un Papyrus Égyptien troutiè à Thèhes, donné à la Bibllothèqae impériale et pablié par E. Prisse d'Avenne.

70 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

jourd'hui épuisée. M. Chabas a montré la nature de ce papyrus et en a convenablement traduit quelques passages, mais la majeure partie attend encore un traducteur. Il se compose de dix-huit pages dont les seize dernières con- tiennent les sages maximes de Ptah-hotep, fonctionnaire du temps du roi Assa, de la Vil* dynastie. C'est donc avec raison qu'on a appelé ce beau manuscrit le plus ancien liore du monde. L'écriture en est remarquablement hardie et nette; elle se distingue notablement de celle de Tépoque des Ramessides, et la même distinction peut être faite à propos de la langue et du style. Les deux premières pages se rap- portent à la fin d'un ouvrage de sujet analogue, mais peut- être d'un auteur différent. Il existe quelques motifs de croire que ce papyrus a été trouvé dans la tombe d'un roi de la XI* dynastie. L'exécution matérielle du manuscrit pourrait être de cette époque, quoique la composition des ouvrages qu'il renferme remonte à une époque encore plus reculée.

Le Papyrus d'Orbiney contient l'histoire de deux frères. M. de Rougé en a publié la traduction dans la Revue archéo- logique, en 1852. Acquis par le Musée Britannique,roriginal est sur le point d'être publié.

Œuvre d'un scribe de la XIX® dynastie, nommé Anna ou Enna, le conte écrit sur ce papyrus parait avoir été composé pour le roi Séti II, alors enfant. Il est probable que le ma- nuscrit même a appartenu à ce pharaon avant son accession au trône. On voit, écrits au revers du rouleau, le nom et les titres de ce prince. Le texte est de beaucoup le plus aisé qui soit parvenu jusqu'à nous; récriture en est magnifique et la conservation presque parfaite. Ce sera désormais le texte par excellence pour l'étude de l'hiératique. On comprend sans effort le récit, qui est conçu dans un style simple et clair, et il est peu de passages prêtant au doute. Du reste la traduction de M. de Rougé, complète et satisfaisante dans tous les points essentiels, laisse peu de chose à modifier

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 71

dans les détails. L'étudiant la suivra sans la moindre dif- ficulté dès que le texte aura paru.

Dans les premières pages de ce papyrus, une main igno- rante a essayé de dissimuler quelques lacunes en y inscrivant des signes de sa façon. Les interpolations qui pourraient échapper à l'œil d'un observateur ordinaire seront aisément reconnues par les personnes familiarisées avec l'hiératique.

Avec le Papyrus d'Orbiney sera publié le Papyrus Abbott, autre excellente acquisition du Musée Britannique. Ce ma- nuscrit contient le rapport de certains fonctionnaires sur l'état des tombes royales dans la nécropole de Thébes. Même à ces temps reculés l'œuvre de spoliation des sépultures était commencée, car les tombes offraient un riche butin à l'avi- dité des voleurs qui infestaient la capitale des Pharaons. De vint la nécessité d'inspections périodiques. Celle que relate le Papyrus Abbott date, je crois, de la XX' dynastie. C'est M. Birch qui a fait connaître le contenu de cet inté- ressant document * .

Treize papyrus publiés par le Musée Britannique en 1844, sous le titre de Select Papyri in the Hieratic Character, proviennent des collections Sallier et Anastasi. Les Papyrus Sallier sont numérotés I à IV, et les Papyrus Anastasi I à IX. Voici quelques notions sur le contenu de ces documents :

Le Papyrus Sallier I commence par un fragment histo- rique se rapportant à l'époque qui précéda l'expulsion des Hyksos. Malheureusement,, ce fragment, très usé par le temps, a été interrompu par le scribe lui-môme, qui y a substitué sans transition une composition d'une nature tout à fait différente. Sans ces regrettables mutilations, ce docu- ment aurait une grande valeur, soit à cause de son sujet, soit à cause de la forme simple et claire du style, qui est des plus intelligibles.

Le reste du papyrus est rempli par une collection de lettres

1. Le Papyrus Abbott, Revue archéologique y XVP année, p. 257.

72 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

faite par le scribe Pentaour. Elles sont au nombre de dix; il y a en outre quelques lignes appartenant au commence- ment de la onzième. A l'exception d'une seule qui est écrite par le scribe Pentaour lui-même, ces lettres sont attribuées & un autre scribe de rang élevé, nommé Amen-em-an. Cette compilation parait avoir été arrangée sous le règne de Ménepbtah Ba-en-Ra, successeur de Ramsès II.

Le Papyrus Sallier II contient trois pièces différentes. La première a pour sujet une collection d'avis ou de prescrip- tions que le roi Amen-em-ha I adresse à son fils Osortasen I.

Dans la pièce suivante se trouvent les instructions d'un scribe nommé Sbauf-sa-kharta à son fils Pépi. Le style en est poétique; l'auteur y compare les occupations ordinaires des hommes de divers états avec celles du scribe, et montre la supériorité qui appartient à ces dernières.

La troisième composition est une hymne de louanges adressée au Nil.

Ces trois ouvrages paraissent avoir été composés par le scribe Enna, l'auteur du Roman des Deux Frères.

Le Papyrus Sallier III contient le récit semi-poétique d'un exploit de Ramsès II dans l'une de ses expéditions contre les Khitas ou Hittites. Cette composition est due à la plume du scribe Pentaour. On connaît l'excellente traduction qu'en a publiée M. de Rougé en 1856. Un abrégé du même texte est inscrit en hiéroglyphes sur les murs du temple d'Abou- Simbel et sur ceux du Ramesséum de Thèbes. On a pu, par ce moyen, suppléer aux lacunes du papyrus, dont les pre- mières pages ont disparu. M. Chabas a publié dans la Revue archéologique, 1857, une traduction analytique du texte d'Abou-Simber.

Le Papyrus Sallier IV est un almanach des jours fastes et néfastes de l'année. Il n'est malheureusement pas complet. On y trouve un grand nombre de curieuses mentions rela-

1. [C'est le mémoire reproduit en tdte da présent volume.]

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 73

tives à la mythologie égyptienne. M. de Rougé en a traduit quelques passages dans la Revue archéologique, 1854.

Le Papyrus Anastasi I est une espèce de notice biogra- phique contenant les actes et les dires d'un haut fonction- naire de la XIX^' dynastie. Entre autres sujets, il contient le récit d'un voyage en Palestine. Cette pièce est d'une forme singulière, en ce qu'elle est adressée à la personne môme qui en est le héros. Ses propres aventures lui sont rappelées par l'auteur, qui y entremôle à profusion les louanges et les formules d'adulation. Il est à regretter que ce manuscrit soit mutilé en beaucoup d'endroits.

Dans le Papyrus Anastasi II, sorte de miscellanée, on trouve d'abord un court exorde d'histoire, puis des lettres et des communications de politesse. Quelques-unes de ces pièces sont des duplicata de compositions existant dans d'autres papyrus. Je considère cette collection de documents de diverse nature comme un recueil de modèles à l'usage des jeunes littérateurs. Le papyrus parait avoir été écrit sous le règne de Ménephtah Ba-en-Ra.

Le Papyrus Anastasi III est une collection du môme genre et de la même époque, dont la rédaction semble être l'œuvre du scribe Pen-bésa. Ce scribe l'avait dédiée à un scribe de rang supérieur nommé Amen-em-ap, dont plusieurs lettres sont comprises au papyrus. Amen-em-ap était mort lors de cette dédicace, et le papyrus contient une oraison funèbre en son honneur.

Une troisième compilation littéraire de ce genre remplit le Papyrus Anastasi IV; elle date du règne de Séti II et parait avoir été recueillie par le scribe Enna. On y trouve des lettres d'Enna lui-môme; d'autres, à lui adressées, et des duplicata de quelques-unes de celles d'Amen-em-an et d' Amen-em-ap. Ce papyrus est d'une écriture magnifique, ce qui, malheureusement, n'est pas le cas de la plupart des autres.

Dans le Papyrus Anastasi V on rencontre encore un grand

74 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

nombre de communications épistolaires sur des sujets variés, mais principalement sur les règles de conduite et sur les devoirs des scribes.

Le Papyrus Anastasi VI contient quatre lettres écrites par le scribe Enna à son supérieur le scribe Kakebou. La pre- mière, qui est la plus longue et aussi la mieux conservée, a pour objet un rapport fait par Enna, à propos d'un acte pré- judiciable commis par un autre scribe qui élevait des pré- tentions sur quatre esclaves, dont deux hommes et deux femmes, attachés au domaine de Kakebou, et réclamait le produit de leur travail. Enna expose toute l'affaire à son supérieur et demande justice contre le délinquant.

Le Papyrus Anastasi VII n'a qu'un petit nombre de pièces. On y trouve un fragment de la première composition du Papyrus Sallier II et la totalité de la troisième. Malgré ses mutilations nombreuses, ce texte offre à l'étude beaucoup de variantes utiles.

Une lettre unique fait l'objet du Papyrus Anastasi VIII ; elle est adressée par un scribe du nom de Ramessou à Tun de ses subordonnés Téti-em-heb. Ce dernier est invité à s'expliquer sur la négligence qu'il a apportée dans lexécu- tion de certaines missions. Ce papyrus est très usé, mais il est possible de restituer le texte de quelques-unes de ses lacunes.

Dans le Papyrus Anastasi IX, le scribe Houra écrit à son supérieur, le scribe Ramessou, pour se disculper d'une incul- pation de négligence dans l'exécution de certains travaux d'agriculture. Une portion notable du texte est illisible; mais ce qu'il en reste fournit des observations intéressantes pour l'étude de la langue égyptienne.

La collection des papyrus du Musée Britannique, connue sous le nom de Select Papy ri, se compose de 168 planches, sans y comprendre les textes écrits au dos des pages. Ceux-ci sont fort nombreux, et, bien qu'il s'agisse uniquement de notes hâtives jetées par les scribes sur le revers de leurs

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 75

papyrus, on y trouve des renseignements extrêmement intéressants et instructifs.

Dans la seconde série de ses inscriptions égyptiennes*, M. Sharpe a inséré le fac-similé d'un papyrus que je nom- merai le Papyrus Lee, d'après son possesseur, M. le docteur Lee d'Hartwell Hall. Ce manuscrit n'est pas entier; mais d'après ce qu'il en reste, il parait contenir un rapport ou une accusation criminelle à propos des méfaits d'un certain propriétaire de bestiaux, nommé Hal, qui s'était appliqué aux pratiques magiques pour commettre des crimes.

Le Papyrus RoUin C 1888, conservé à la Bibliothèque Impériale % contient une continuation du texte du Papyrus Lee.

Tout récemment, les richesses de la littérature hiératique se sont considérablement accrues par la publication des Papyrus de Berlin, dans la sixième et dernière division du splendide ouvrage des Denkmâler ^gyptens. Les n*« I, II, in et IV sont du plus haut intérêt. Ils appar- tiennent très probablement à la XII® dynastie; l'écriture en est bien plus rapprochée de celle du vieux Papyrus Prisse que de celle des papyrus de la XIX® dynastie. Quoi qu'il en soit, le contenu de ces documents se rapporte aux faits et gestes des rois Amen-em-ha P' et Osortasen P' et de leurs contemporains. Ils sont évidemment de nature his- torique ou anecdotique.

A une date beaucoup plus récente appartiennent les papyrus n~ V, VI et VII, dans l'un desquels se lit le nom du pharaon Ramsès IX, de la XX* dynastie. On les croirait tous de la même main, et il est présumable qu'ils ont formé un seul rouleau. Leur type d'écriture est le plus beau de tous ceux qu'on ait publiés jusqu'à présent. Le V contient un hymne à Ammon-Ra, et les n°* VI et VII des

1. PL LXXXVII et LXXXVIII.

2. Encore inédit.

76 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

hymnes à Horus, ou peut-être à d'autres dieux qui pouvaient être invoqués sous ce nom, par exemple au Soleil ou à Ptah, lorsque le prêtre offrait de l'encens à ces dieux. Au dos du n* VI se lisent quelques lignes d'une écriture embrouillée, relatives aux temps de Thothmès III (XVIII*^ dynastie). On y distingue que le roi adressa à ses nobles et à ses fonction- naires un édit tendant à faire appel à la protection des dieux pour la répression de certains désordres, ou pour quelque autre objet que l'état de mutilation du texte ne permettra peut-être jamais de reconnaître distinctement.

Le texte écrit au revers du VII se réfère aux invocations ou aux offrandes? à faire devant les statues d'Ammon et de Thoth, qui sont dans l'édifice d'Osortasen I«', à Thèbes.

Publiés par M. le docteur Leemans dans les Monuments égyptiens du Musée d'antiquités des Pays-Bas, les Papyrus de Leyde sont aussi d'un grand intérêt. Peu de chose cepen- dant pourra être déchiffré dans les n^ I 343 et 1 345, dont il ne reste que des fragments mutilés, et qui paraissent traiter de la magie ou des sciences naturelles; mais le I 344, qui est fort long, présente un texte intéressant à étudier; il semble contenir une série de préceptes ou de maximes touchant une infinité d'objets. L'écriture a quelque analogie avec celle du Papyrus Sallier IV ; malheureusement l'état mutilé du texte, dont il reste à peine une phrase sans lacunes, ajoute considérablement à la difficulté de la tra- duction.

Le n^ I 346 nous donne le calendrier des épagoménes ou jours complémentaires de l'année'.

Le n^ I 347 contient des matières religieuses et notam- ment des hymnes à Horus, à Set et à d'autres dieux.

Dans le n^ I 348 se lisent quelques lettres du même genre que celles des Papyrus Sallier et Anastasi. Elles sont adressées par le scribe Kawi-sera à son supérieur le scribe

1. Voyez Brugsoh, Zeitschrift der Deut. Morg. Gesellsch., 1852.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 77

Bek-en-Ptah et traitent principalement de sujets agricoles. De même que celles des papyrus du Musée britannique, ces lettres ressemblent plutôt à des modèles épistolaires qu'à de Téritables missives réellement écrites pour l'objet dont elles traitent. Le même papyrus contient en outre un recueil de formules magiques.

Enfin le I 349 nous offre encore une lettre d'un scribe à son supérieur et dix pages de formules magiques.

Tous les Papyrus de Leyde paraissent dater de l'époque de la XIX^ dynastie.

Tels sont les Papyrus hiératiques publiés jusqu'à ce jour, sans parler de ceux de l'espèce funéraire. Le lecteur peut juger qu'ils présentent déjà un ensemble assez considérable. Mais il en existe encore de très précieux dans les collections privées. Un de ces documents est en ce moment publié par M. Chabas, avec un commentaire étendu et des discussions analytiques, sous le titre de : Le Papyrus magique Harris. Cet ouvrage, que je ne connais pas encore, est la seule publi- cation de ce genre dans laquelle le fac-similé du texte soit accompagné d'une traduction raisonnée. A ce titre, il sera fort utile pour l'étude de l'hiératique.

Mes traductions des lettres écrites par les scribes de Tàge pharaonique seront, au moins pour les points essentiels, les mêmes que celles de mon Essai de 1858. Mais si mes der- nières études n'ont pas changé mes vues sur l'intention générale de ces compositions, elles m'ont porté à modifier un assez grand nombre de détails philologiques. En cher- chant aujourd'hui à justifier mes traductions phrase à phrase, je laisserai de côté, pour plus de brièveté, les points déjà admis par les égyptologues en général, et à ce propos, j'éprouve le besoin de déclarer que, si je ne cite pas toujours les premiers divulgateurs des sens par moi adoptés, ce n'est pas que je ne reconnaisse pleinement les droits et le mérite des éminents devanciers qui ont frayé et élargi le chemin de la langue égyptienne; mais il n'est pas toujours facile de

78 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

se rappeler toutes les dissertations éparses dans un grand nombre de mémoires, de revues, etc., publiés dans divers pays et en diverses langues. Je confesse mon ignorance à propos de Torigine première de bien des conclusions aux- quelles je suis arrivé moi-même, sans savoir si d'autres avant moi y étaient parvenus. L'excellence du système de ChampoUion se démontre par ce fait décisif, que ce système, bien employé, conduit tous les investigateurs sur la même voie et au même résultat final. Toutefois, il me semblerait très nécessaire de dresser dès à présent un compendium des résultats acquis. Gr&ce à la riche récolte que la littérature hiératique nous a permis de faire, nous pourrions aujour- d'hui composer une grammaire et un vocabulaire qui pré- senteraient de notables additions aux ouvrages de Cham- poUion.

Une différence sensible se remarque entre le style de ces papyrus et celui des inscriptions monumentales, surtout à propos des déterminatifs, que l'hiératique admet avec pro- fusion et même avec abus. Ces sortes de signes^ lorsqu'ils sont employés judicieusement, viennent puissamment en aide à l'investigateur qui cherche son chemin au milieu d'expressions nouvelles et de tournures inconnues. Mais dans les papyrus hiératiques, au moins à l'égard de ceux de la XIX* dynastie, ils surabondent et n'ont très fréquem- ment aucun rapport figuratif ou môme symbolique avec les mots qu'ils déterminent. Cet emploi s'explique cependant par certain mécanisme phonétique, c'est-à-dire que ces déterminatifs, de sens complètement étranger au mot auquel ils se trouvent joints, rappellent le son d'un autre mot de même forme, mais de signification différente, auquel ils sont plus habituellement associés. Un exemple fera mieux com- prendre cet emploi abusif, auquel les inscriptions monu- mentales ne sont pas complètement étrangères.

Le mot ^. , qui se prononce maut ou mu-t, signifie mère

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 79

et mourir \ et correspond au copte jul«.t, la mère, et aiot, mourir. Les déterminatifs ordinaires sont pour le premier

sens la femme assise J| et pour le second le signe du suicide

^, que l'hiératique remplace par le signe de la corne de

l'animal typhonien. Mais il arrive qu'on trouve quelquefois le signe de la femme assise employé comme déterminatif du groupe, quoique avec le sens de mourir^.

De même, le mot hannu, dont le dérivé existe en copte, signifie vcLse et a pour déterminatif régulier la figure d'un vase O; cette expression signifie également ordonner, in- terpeller, et dans ce cas elle admet les deux déterminatifs de la parole : l'homme appelant et l'homme portant la main

à sa bouche. Mais dans la phrase ^^ ^v Y "^ i ra'^Ks.

n o n5û' "^^^^ \ '^'' ^^^^ HANNU H EN HAK-T, ODUler

deux vases de {la boisson nommée) hak, on voit que le scribe capricieux a remplacé le déterminatif de l'idée vase par ceux de l'idée ordonner. Pour le mot samu, le premier déterminatif est la tête de bœuf accrochée sur un support, symbole habituel des expressions en rapport avec la man- ducation et la nourriture ; le second est un rameau de végétal qui détermine ordinairement les noms des végétaux et des fleurs. Il rappelle ici le mot sam, qui signifie herbe, foin.

On voit d'après ces exemples combien il est facile d'être conduit à l'erreur par de semblables solécismes, dont il me serait facile de multiplier ici les citations. Il est donc indis- pensable de bien se rappeler qu'un assez grand nombre de déterminatifs sont d'un usage fréquent pour des mots avec lesquels ils n'ont aucun rapport de sens, et que cette obser- vation s'applique aussi aux cas dans lesquels ces mots sont simplement employés comme syllabes d'un autre mot, ainsi

que cela arrive fréquemment pour l'oiseau ^^ et 4^ qui

1. Il existe aussi pour le sens mourir une forme écrite mer.

2. Voyez notamment Select Papyri, CXLVII, 1. 6; CXLIX, 1. 9.

80 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

remplace le mot tennu, ou les syllabes tennu dans la com- position des mots. M. Birch a donné à ces sortes de déter- minatifs le nom de dêterminatifs de son.

Il était nécessaire d'exposer nos vues sur l'usage abusif des dêterminatifs, afin d'aller au-devant des reproches qu'on pourrait être tenté de faire à cet égard à quelques-unes de nos analyses. Par leur méthode capricieuse, les scribes égyp- tiens ont jeté sur notre voie cette difficulté singulière dont nous viendrons à bout, au moyen d'une comparaison atten- tive des textes.

Nous avons fait connaître la nature des documents ras- semblés dans les Papyrus Sallier I et Anastasi II, III, IV et V, et nous espérons justifier nos vues dans les analyses qui vont suivre.

Nous allons trouver du reste une indication précise dans le titre général heureusement conservé au Papyrus Sallier I, et dont voici la teneur :

Ha em sbai en sha-tui ar en ekhai Pen-ta-ur

Commenoement des instractions de lettres faites par le scribe Pen-ta-oar

en tar X aboi IV eha ra I au-tu em pa

en Tan X mois IV de Tautomne (Choîak) jour 1 étant dans la demeure

Ramessa Meriamen ankh uta sneberpeka-u aa en pa Ra de Ramsès Meriamen vivant sain et fort la majesté grande du Soleil

Hor akhU'pati

Horus des deux habitations solaires.

Le mot jl J ^^^( ( _ , SBAI, correspond au copte cAo, doctrina; on le retrouve dans le titre du Papyrus Sallier II, qui se lit : Commencement des instructions faites par la majesté du roi Amenemha /«, et en effet le texte qui suit contient les admonitions et les conseils de ce roi à son fils Osortasen. Il sert aussi de titre à l'œuvre de Ptah-hotep dans le Papyrus Prisse (pi. IV, 1), qui est une collection de préceptes.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 81

La variante M j^^^^^Jl» sba, signifie aussi instruire,

enseigner, et admet parfois le sens corriger, châtier. C'est

ainsi que dans les papyrus^ nous rencontrons [' J ^

LJlcnn, A-T SERA, une maison d'instruction, une écô (Select Papyn,Xin,l).

L'étoile ^ avait, ainsi que l'ont déjà reconnu d'autres égyptologues, les valeurs seb ou su et tu. Dans les groupes

*^ ^ ' 'fl ^ ^* 'fl ^^ ' ^^ ^^^* reconnaître trois variantes du même mot tuau, tua, qui signifie invoquer, adorer, et dans lequel la valeur tu de l'étoile est mani- festement indiquée. Dans ^^g^ > nous aurons tootc, le matin, et chot, cot, temps, Jour.

Avec Tacception enseigner, les éléments phonétiques fl J SB, sont généralement écrits ; cependant, au Papyrus Prisse, nous trouvons les formes ^^^U-fl et ^'^^ÛO _ Bien

qu'on rencontre [' J^ ife^, ,* sba, porte, sous la forme

)*c^^cziD , je n'ai noté aucun exemple de ^^fc. 3} rem-

^^ , SHA, signifie à la fois un livre ou une lettre.

Sous ce dernier sens, il est d'occurrence fréquente dans les papyrus. On trouve notamment la phrase : Kheft sper taia SHA er-ra-ten, lorsquc ma lettre vous arrivera'^ ; et

^^ , AR-SHA, faire une lettre, écrire une lettre ',

1. Select Papyri, XX, 6; XXIII, 1; XXX, 10.

2. Lepsios, Auswahl, VIII.

3. Burton, Excerpta Hieroglyphica, III, col. 9.

4. Papyrus Prisse, pi. V, 4.

5. Papyrus Prisse, IV, 1.

6. Todienbuch, ch. lxiv, 1. 18; ob. cxzv, 54, et clxu, 10. Une obser- Tation utile à noter, c^est que le mot seba, porte, est du masculin en égjptien, tandis que tuau, le ciel inférieur, est du féminin.

7. Select Papyri, CXII, 10.

8. Select Papyri, XLII, 5.

BiBL. ÉGTFT.» T. X. 6

82 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

Au passage étudié, , , sha-ui ou sha-tui, si Ton

prononce le signe féminin ^, t, est probablement au pluriel. Sbaï en sha-tui peut signifier instructions en lettres, c'est-à-dire adressées sous forme de lettres, ou instructions sur les lettres, sur l'art épistolaire. J'incline pour le dernier sens d'après le contenu de ces lettres, dont le plus grand nombre ne renferme rien de semblable à des conseils ou à des instructions sur un sujet quelconque, comme c'est le cas notamment pour celle dans laquelle Pentaour lui-même rend compte à son maître de Tétat de sa ferme.

On a généralement attribué au signe nU la valeur phoné- tique nTÛÛ, SKHAl, fournie par la pierre de Rosette, au

moins lorsque ce signe signifie écrire. Le copte possède en effet cj6«a, écrire, et c*.^, scribe. Mais d'autres éléments phonétiques ont été trouvés en connexion avec le même

hiéroglyphe, notamment Nà. an, dans une stèle de la XIP dynastie * . Nos papyrus nous fournissent encore jj i , NA, scribe*, et , na-u, livres, écritures, comptes,

états*. Dans les Annales de Thothmès III, nous avons o vi^'jii, NA-u, dans une liste de choses précieuses. Ce sont peut-être des tableaux.

Le nom du scribe ^^v ^^ ^' pen-ta-ur, signifie littéralement : Celui qui appartient à la grande déesse. Peut-être le moderne n«.T*.oTXi* dérive-t-il de ce nom.

Celui de ^K ^^ ^^^^ J ^^ é ^ . pen-besa, est d'une

forme analogue combinée avec le ûieu Bésa. Il a été grécisé, dans les textes coptes, sous la forme £LHc«^pion\

1. S. Bipch, Mémoire sur une patère égyptienne, p. 53.

2. Select Papyri, CIV, 5.

3. Lepsius, Àuswahl, XII, 56.

4. Zoôga, Cat,, p. 76.

5. Zoêga, Cat., p. 116.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 83

II est probable que le monarque dont la dixième année de règne est mentionnée dans notre titre est Ménephtah Ba-en-ra, le successeur de Ramsès II. Le nom de ce pharaon est cité à la pi. VIII, 1. 8. Une date de l'an V' de Séti II, successeur de Ménephtah, écrite au revers du papyrus en caractères splendides, indiquerait alors l'époque à laquelle fut confectionnée la copie de l'œuvre de Pentaour que le papyrus nous a conservée.

Comme Pentaour composa le poème du Papyrus Sallier III dans la neuvième année de Ramsès II, dont le règne fut très long, il devait être très avancé en âge, lorsqu'il entre- prit la compilation des lettres que nous étudions.

Les mots û^^^* au tu, étant, correspondant au copte

«.-re, sont suivis du signe hiératique qui représente le déter-

minatif dieu ^. Ce déterminatif, qui désigne les choses

divines ou royales, semble employé ici pour indiquer qu'il s'agit du roi lui-même et non du scribe. C'est une manière d'exprimer certain rapport du verbe à son sujet. Par la

même raison, la marque du pluriel i est fréquemment ajoutée

au verbe^ lorsque le sujet pluriel vient après. Ici, il y a lieu

de remarquer que le sujet ^^^ j) '> pe ka-u, est précédé

de la particule de connexion <z>, er, employée de la même manière que le copte n-xc pour marquer le cas nominatif. J'en puis citer d'autres exemples, notamment : ukanu er PA HANUTi, néglige-it-it] le laboureur. . .?

Le passage analysé signifie donc non pas que Pentaour était dans la demeure de Ramsès, mais que le roi lui-même se trouvait dans cette demeure. En le comparant avec la formule initiale du Papyrus Anastasi VL se trouve la même phrase sans nom de scribe et au milieu d'une liste de titres royaux, on sera conduit à reconnaître la justesse de cette déduction. Ajoutons enfin que l'idée exprimée est celle que le roi était établi sur le trône de la capitale de son père,

84 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

mais non qu'il était momentanément installé dans certaine demeure royale.

Le groupe'-', déjà bien étudié par mes devanciers, pos- sède un grand nombre de sens; l'idée originale parait être essentia, personalitas, être, chose. Ici, il est suivi du déter-

minatif de la divinité ou de la royauté ^ et de la marque

du pluriel i, bien qu'il soit précédé de Tarlicle singulier 1^*

PE. Cet emploi du pluriel égyptien, pour exprimer non la pluralité numérique^ mais Textension, la généralité, le grou- pement, la dignité, est extrêmement fréquent dans la langue égyptienne. De même que pour le pluralis excellentiœ en

hébreu, les accords suivent le sens et non la forme, r^'.

se rapportant à un roi et qualifié de Tépithète aa, grand, peut se traduire Majesté. A propos de personnes d'un rang moins élevé, on traduirait Son Honneur, Sa Seigneurie, etc. Le signe du pluriel n'est d'ailleurs pas essentiel au sens, car il n'existe pas dans le passage correspondant du Papyrus Anastasi VI.

L'usage de désigner indistinctement une personne ou une chose au moyen de quelque attribut ou de quelque partie est très fréquent en égyptien. C'est ainsi que des mots signi- fiant des qualités spéciales, telles que la bonté, la sainteté, ou nommant les divers membres du corps, et aussi les ex- pressions s'appliquant à la personnalité, à l'existence en général, servent de supports aux pronoms personnels pour désigner les personnes ou les choses. En copte, on trouve, avec cet emploi : po, la bouche, p«.T, le pied, tôt, la main, etc., ce qui nous permet d'apprécier sûrement le mécanisme de la langue antique. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet important, qui demanderait de longs dévelop- pements. Nous aurons du reste l'occasion d'y revenir dans le cours de nos analyses.

Le soleil Horus des deux demeures solaires est tout simplement l'équivalent du roi, du pharaon. Les titres de

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 85

longue haleine que les Égyptiens donnaient à leurs sou- verains ont été déjà suffisamment élucidés. Aussi, dans nos traductions, chercherons-nous à les abréger autant que pos- sible et à y substituer des expressions plus simples.

En résumant nos observations, nous paraphraserons ainsi le titre de Técrit de Pentaour :

c Commencement des instructions sur l'art épistolaire » composées par le scribe Pentaour, la dixième année, le premier jour de Choîak du règne de Sa Majesté, notre » roi actuel dans la demeure de Ramsès II. »

Dans Torigine, j'avais accepté Topinion de M. Heath, qui considère la demeure de Ramsès II comme un palais que ce monarque aurait bâti dans la Basse-Egypte. Au Papyrus Anastasi III, Penbésa décrit un édifice de ce nom, et dit qu'il surpassait en splendeur tous les autres édifices de Djom (Tbèbes). Mais il me semble aujourd'hui plus probable qu'il s'agit du grand Ramesséum de Thèbes, qui venait alors d'être achevé, et que Penbésa voyait probablement pour la première fois dans son ensemble, en rentrant à Thèbes. Il est en effet plus difficile d'admettre qu'il ait été bâti dans la Basse-Egypte un édifice surpassant tous ceux de la capitale.

Dans un second article, je communiquerai l'analyse de la collection épistolaire.

ir

La lettre dont M. Goodwin communique aujourd'hui aux lecteurs de la Revue Tanalyse raisonnée est intéressante à plusieurs titres. De l'ancienne Egypte, les monuments nous rappellent surtout les splendeurs des rois, les succès de leurs armes et les pompes sacer- dotales. Ici, le tableau des misères du travailleur nous montre que le moderne fellah n'a pas trop à regretter le régime des temps pha-

1. Publié dans la Retue archéologique, 2* série, 1861, t. IV, p. 119- 137.

86 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

raoniques. En lisant ce tableau, on comprend qu'une investigation superficielle ait pu induire en erreur les partisans des rapproche- ments bibliques. Ils ont cru y découvrir un souvenir presque con- temporain des plaies dont l'Egypte fut frappée lors de l'Exode des Juifs. Cette illusion a été de courte durée, mais elle a eu du retentissement et nous a donné la mesure du danger des solutions prématurées; la méthode sévère de M. Goodwin indique la voie qu'il faut suivre pour arriver à des résultats vraiment sérieux.

F. Chabas.

Cbalon-sar-Saôoe, 25 février 1861.

La première lettre dont je me propose d'essayer l'analyse est la cinquième dans la collection du scribe Pentaour; elle débute à la ligne 11 de la cinquième page du Papyrus Sallierl. Comparativement, elle n'offre pas de grandes diflBcultés au traducteur, et nous avons d'ailleurs l'avantage d'en trouver, au Papyrus Anastasi V, p. 15, un duplicata bien plus nette- ment écrit, offrant environ une cinquantaine de variantes orthographiques plus ou moins importantes.

Nous y lisons d'abord la mention des noms des scribes entre lesquels s'échange la correspondance :

PI. V, lig. 11. Har aau-skhai^ Ameneman, en haUpati

Le chef des gardiens des écritures Ameneman, da trésor

en aa'pati-^nkh-ufa'Sneb, t^t en akhai Pentaur, du Roi», dit au scribe Pentaour.

1. M. Goodwin transcrit par kh raspiration forte que les égyptologues français représentent par h' ou ch. {Note du traducteur.)

2. Le roi est ici indiqué par le long titre : la double grande maison^ la rie saine et forte. M. Goodwin supprime cette bizarre phraséologie, comme je Tai fait dans mon Mémoire sur l'inscription d'Ihsamhoul^ Reçue archéologique, 1859, p. 578 (Note du traducteur).

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 87

Je laisserai de côté tout ce qui peut être considéré comme évident ou suffisamment connu des égyptologues, et limiterai mes commentaires aux seuls points de difficulté. Dans la phrase qui précède, un seul mot semble exiger quelques expli- cations; c'est le composé sau-skhai, en hiéroglyphes 51^ 1^ L__nPy y * ^ signe initial marqué C. 14 au catalogue des types de Tlmprimerie impériale a pour variante sur les monuments la figure &^ [B. 81]. Il faut se garder de con- fondre ces deux signes avec %fj [C. 15] et *^ [B. 82]. Ces derniers ont en effet un son et un emploi différents.

Pour 1^ et jLW , j'adopte le son s ou sa, d'après le groupe i^ 4W ' se rencontre cet élément phonétique. Cette va- riante, d'après les observations de M. Edwin Smith, est fréquente dans les Rituels. Dans une variante des basses époques, l's initial du nom de la ville de Sni (Esnë) est ex- primé par le même hiéroglyphe*.

"uj est presque toujours précédé des lettres n , ari,

qui en représentent sans doute la valeur phonétique. Il y a lieu de remarquer toutefois que dans l'hiératique ces diffé- rents signes sont absolument de la même forme et ne peuvent être distingués que par leurs compléments phonétiques.

Confondu avec ari, le mot sau a été traduit garder, con- server^ et rapproché du copte «.pc^, custos. Ce sens convient réellement dans certaines phrases, et en particulier dans celle qui m'occupe; mais il est inapplicable dans beaucoup d'autres. Ainsi, par exemple, dans le portrait du militaire courbé sous sa charge : ne tesu en ati-f sau, les jointures de son échine sont sau", le sens probable est brisé, rompu,

1. Sharpe, Egyptian Inscriptions^ Séries I, pi. 79, 8, et pi. 80, 6.

2. LepaioB, Konigsbuch^ Taf. IV, 26.

3. Pap. AnasiasilV, pi. IX, 1. 10. Le duplicata qui se trouve dans le Papyrus Anasiasi III^ pi. V, 1. 11, substitue au mot sau le groupe

T ^!^^ y ^ ç^ , KHABU, qui signifie courber.

88 SUR LES l>APYRUS HIÉRATIQUES

et ce même sens convient encore bien à la phrase : sau-k ATI PEN KHETA^ tu romps le dos de ce Kheta. Au Rituel revient & plusieurs reprises l'expression : sau sbau*, que je traduirais briser, écraser les rebelles.

L'acception éoiter ou défendre semble admissible dans des phrases telles que celles-ci : sau-tu er par en banra bm KARH BM HRU PEN, {/ cst défendu (ou il faut éoiter) de sortir la nuit, ce jour-là*, et sau-tu ur-ur, cela doit être évité rigoureusement, ou bien cela est très défendue

L'un des meilleurs exemples de l'acception garder, ob- server, se trouve dans le traité de Ramsès II avec les Khétas, on lit la disposition suivante : « Ce sont les paroles de la tablette d'or du pays de Khéta et de l'Egypte; celui qui ne les observera pas ... et celui qui les observera . . . » C'est le mot SAU qui exprime ici l'idée observer. On rencontre dans un autre texte la mention d'une jolie jeune fille gardant [sau] les vignes*.

D'autres textes semblent faire penser que le mot étudié possède encore des significations différentes^; mais dans celui qui nous occupe nous devons nous en tenir au sens

1. Papyrus Sallier III, pi. VIII, 4, et pi. IX, 9.

2. Todtenhuch^ oh. xvii, 45; ch. xviii, 8, etc.

3. Papyrus Saliver IV, pi. XI, 6.

4. Todtenbuch, oh. cxuv, 32.

5. Denkmdler, III, 146, 30.

6. Papyrus Anasta^i /, pi. XXV, 4.

7. Cette maltiplicité d'acceptions pour un môme mot n*e8t nullement particulière à la langue égyptienne; il en est de même pour beaucoup de mots dans toutes les langues anciennes et modernes. Le mot sau, discuté par M. Groodwin, se rencontre sous un assez grand nombre de formes orthographiques et avec différents déterminatifs, notamment le signe du pasteur ou berger (qui lui sert souvent d'initiale), le papyrus roulé, le bras armé, le couteau, Thomme invoquant. Le caprice des scribes a confondu ces formes diverses, qui correspondaient dans Torigine  des acceptions spéciales. Il faut remarquer toutefois que le sens éoiter, se garder de, défendre, empêcher, est connexe de Tidée garder, conseroer, réserver {Note du traducteur).

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 89

gardien. Ameneman était probablement le conservateur des écritures relatives aux richesses introduites dans le trésor royal, le custos rotulorum, comme nous disons aujour- d'hui. Je passe à la phrase suivante :

PI. VI, lig. 1. Ar-enti ar entu nek akhaui pen en fat, Hna pxt.

Il est apporté à toi cette lettre de discours. Ck)mmanication.

Tel est le préambule de toutes les lettres d'Âmeneman dans la collection de Pentaour ; il en est de même pour celles d'Âmenemap dans le recueil de Panbesa. Le dernier mot HNA-TAT, composé de hna, cum, et do tat, loqui, litt. col- loquiurrij n'est pas lié à ce qui précède, puisque dans plu- sieurs cas on trouve cette expression hna tût employée seule au commencement des lettres. Je citerai notamment pour exemple le duplicata de la lettre même que j'analyse.

A l'exemple de mes devanciers, j'avais d'abord pensé que AR ENTi était une formule d'entrée en matière comme vu que^ considérant que, mais la comparaison d'un grand nombre de textes m'a fait reconnaître que presque partout ces deux mots sont pris en sens affirmatif et signifient littéralement est quod. Dans notre Papyrus, l'expression entière est ar ENTI AR ENTU, cst quod cst allatum; mais, au Papyrus Anastasi III, le second ar est constamment omis : ar enti ENTU, est quod allatum.

La substance de la missive ne commence qu'après le mot communication. Tout ce qui précède constitue le préambule commun à toutes les lettres du même genre.

PI. VI, lig. 1. Ar enti fat-tu na en khaa-k skhaui

n est dit â moi que tu abandonnes les lettres,

shamortU'k em abu ta-k har-k baku

tu t'éloignes de Tôloquence, ta donnes la face (aux) travaux

«m. San khaa-k ha-k neter fat.

de la campagne^ tu laisses derrière toi les divines paroles.

90 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

La signification de T^K^ , khaa, abandonner, est bien

établie; il me semble toutefois que le sens radical de ce mot est quelque chose de plus général et de plus vague, comme par exemple mouvoir ou détourner : de là, se détourner d'une chose, Cabandonner.

Au Papyrus d'Orbiney, l'acception jeter semble résulter de phrases telles que jeter aux chiens, jeter à la rivière, jeter sur le sol, et enfin dans le plan des mines d'or nous trouvons la phrase : « Chemin qui mène (khaa) » ou « tourne vers la mer* ». Au surplus, le copte x.*^ ou x***» ponere, mittere, relinquere, parait être le dérivé de khaa, et peut rendre compte de la plupart des acceptions du mot antique\

A la phrase suivante, le mot khaa revient avec le com- plément "^^fe. , ''^^^^' HA-K, ton occiput, et l'on pourrait lire : tu tournes ton occiput (tu tournes le dos) aux divines paroles.

Le mot îtTiî ^^ -^s^ Qa , shama, se rencontre seulement

dans des formules semblables à celle du Papyrus Sallier P. Je l'ai comparé au copte ^gcjuuuLo, aUenus, faute d'autre moyen d'investigation; ce mot a pour complément indirect

^J V^^' ABU, groupe déterminé par l'hiéroglyphe de l'homme s'étirant les membres * et par celui de la parole. Il s'agit évidemment de quelque acte habituel des scribes; d'après l'énergie des déterminatifs, je suis tenté d'y voir la prédication, la récitation, la pratique de l'éloquence. Dans notre passage, le scribe est accusé d'en détacher son esprit;

1. Lepsius, Auswahl, Taf. XXII.

2. 11 n*y a qae des nuances entre les diverses acceptions du mot khaa, dont le véritable sens fondamental est laisser, abandonner, rejeter; on dit très bien : laisser aux chiens, abandonner à l'eau, laisser par terre, et d'un chemin qu'il quitte, qu'il cesse au point il mène (Note du, traducteur),

3. Anasta^i F, pi. VI, 1, XV, 6; Anasta^i /V, pi. XI, 8.

4. A sprawling human figure.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 91

ailleurs un autre scribe est engagé à y donner son attention \ Le copte nous fournit «^otù>, narraiio, et avec le t causatif T-«k.oTu>, recitare^.

Pour la valeur phonétique de []J[)J] qui représente une

prairie ou im jardin, les égyptologues ne sont pas d'accord. Je l'ai rencontré comme variante de "i^^y sen, dans un titre du dieu Num, seigneur de Seni'. La syllabe san ou sen est probablement le son de cet hiéroglyphe.

11 90*' NETER-TAT, daus l'inscription de Rosette, désigne l'écriture hiéroglyphique; le groupe signifie à la lettre paroles divines, et l'on peut le comparer à notre expression saintes Écritures et môme au terme général théologie; 1 étude de la science sacrée constituait en effet l'attribution la plus élevée du scribe.

Dans un autre Papyrus*, les phrases que nous venons de traduire forment aussi le commencement d'une lettre dont la fin est détruite. Il en reste assez toutefois pour montrer qu'il s'agissait d'une autre exhortation sur le môme texte.

PI. VI, lig. 2. Ast bu skha nek pa kanau hanuti

Vois! n'as-tu pas coDsidéré la condition du cultivateur :

kheji s-meru shemu au titi ta hef-ou ma en na uti

avant de ramasser la moisson, emporte le ver partie du bl6,

au amu pa iebu na ketkhu. mangent les bétes le reste.

1. Litt. : son cœur; Anastasi F, pi. VI, 2.

2. Dans son premier travail, M. Goodwin avait renda ce passage : tu f adonnes aux plaisirs. Ce sens pourrait convenir au groupe abu, dont les déterminatifs sont celai de la danse on des exercices du corps et celui

des passions et de la parole. tK 1

, AB, vouloir, désirer, aimer, est,

du reste, très connu. Shama e8t1k)at à fait incertain (Noie du traduc- teur).

3. Lepsius, Kônigsbuch, IV, 26.

4- Anastasi V, pi. VI, 1.

92 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

jlT'fes. fflj, SKHA, peindre, dessiner, décrire, figurer. La

phrase est interrogative : N" as-tu pas dépeint à toi-même f ne fes'tu pas figuré?

De (j ^ j^ . KENAU, je ne connais aucun autre exemple, mais le duplicata du Papyrus Anastasi V nous offre ici le groupe très connu /^^Js. û \ , kaa, qui signifie portrait, image, ressemblance.

Pour '^^.v A^^— fl ^ 1 HANUTi, le sens culture, culti- vateur, résulte évidemment du contexte, et la branche de fleurs employée comme signe initial avec la valeur han^ est peut-être une allusion aux produits de la culture. On trouve

T^ , HAN, avec la valeur champ ou domaine*. L'oiseau noir

à crête dressée n'est pas phonétique ; il entre dans la com- position d'un grand nombre de groupes et notamment dans plusieurs termes d'agriculture, mais il est impossible d'en déterminer le rôle.

Kheft, avant, devant, est suivi de deux déterminatifs : la corne d'oryx et la face humaine, le premier abusivement employé à cause du rapprochement phonétique du mot KHEFT, ennemi; le second est le déterminatif de l'idée en face, devant, avant. Dans le texte Anastasi, les deux déter- minatifs sont supprimés.

Je regarde comme douteuse la lecture smeru pour le groupe

1 j^ ; cependant j'incline à penser que la corde en- roulée ^=) est m et que nous avons ici la racine juip, lier, précédée de s causatif, et le sens littéral ya^re lier {les gerbes), c'est-à-dire yaere la moisson*.

1. Bansen's Egyptian Phonetics, H, 12.

2. Anastasi VI, pi. Xll, 4.

3. Des variantes nombreuseg montrent qne renronlement a la valeur syllabique rbr, dans le mot ..j^--^ A, , entourer, circuler; mais le signe hiératique que M. Goodwin transcrit sons cette forme peat correspondre À un autre signe hiéroglyphique, par exemple, A ^=>) qui a souvent n pour complément (Noie du traducteur).

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 93

SiLa^^^^Bi»., HF-ou, correspond à ^oq. ^oA, serpent,

et à £«k.q, *.q, mouche; ^«JkoTi, vipère, et g^*.AoTei, frelon, dérivent aussi du même radical et ressemblent à des formes plurielles*. Il s'agit, dans le passage étudié, de quelque espèce de ver ou d'insecte nuisible à l'agriculture.

é I . MA, a toujours été traduit par côté, à côté y et ce sens est rendu évident par des formules telles que au côté droit, au côté gauche^. Les exigences du contexte m'ont porté à y reconnaître la valeur part, portion que cependant je n'ai pas encore constatée dans d'autres passages'.

Le copte TcAnH parait nous avoir conservé l'égyptien

c=>J^ , TEBU, bétail. On trouve cependant ce groupe

avec le déterminatif de Thippopotame, et il est possible que cet animal fût ainsi nommé par éminence, comme en hébreu BEHEMOTH, l'hippopotamc, de behemah, pecus.

Il n'est pas impossible toutefois qu'il ne s'agisse ici de l'hippopotame lui-même. On sait que cet amphibie causait de grands ravages dans les cultures sur les bords du Nil. Bien qu on n'en rencontre plus que bien dans le Sud, il est certain qu'on en a vu pénétrer jusqu'à la Basse-Egypte*.

Dans mci±=i, ketkhu, la première syllabe est le copte

Rc, alius, et le mot correspond à rcx^o'v^i^i» ^^^^* Le sens autres, le reste, est certain. Au Papyrus Lee*, ce mot est

antithétique à ta ua, l'un, et à ^ ^^i, nehau,

ro .cDc^ *^ I quelques^ un peu. Dans le Conte des Deux Frères, il est

1. Zo^ga, Catalogue^ note 52.

2. Todtenbuch, cxlv, 3; CLin, 9.

3. L'idée part est à la fois connexe aux idées partie et côté. Cette naanoe devait exister également en égyptien. Ma sert aussi de particule aéparative, de, ex, from, et I*on pourrait dire : le ver prend sur le blé (Note du traducteur).

4. Abdallatif, Histoire d' Egypte f chap. n.

5. Sbarpe, Egyptian Inscriptions, 2i^ Séries, pi. 87, 5.

94 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

dit que l'épouse coupable a raconté à son mari les faits em KETKHU. autrement, d'une manière différente.

PI. VI, lig. 3. Au na pennu ashu em ta san au pa Bonhemu

Les rats nombreux dans le champ, la santereue

hai au na aaui amu na tutu afai,

descend, les bêtes à cornes mangent, les moineaux volent.

Le mot VT^ Vi' ^^^"^^"' sauterelles, n'avait pas encore été s^nalé. On le trouve dans le grand ouvrage de Champollion, avec le déterminatif de l'insecte^lui-même ; littéralement, ce nom signifie lejils du pillage*. On le re- trouve un peu mutilé en copte. Dans l'un des sennons de Shenoute, l'écrivain parle d'un petit animal nommé c*jutc^ qu'il décrit comme une chose ailée gui saute, et Zoega nous apprend que le scribe a dessiné en marge quelque chose de semblable à une sauterelle. C'est évidemment l'égyptien SANEHAM, privé de son m final. Il est singulier que les lexi- cographes aient omis d'en donner la signification*.

Au Rituel et dans le livre nommé shaî en sin-sin, est mentionnée la ville de Sanhemu, dont le nom est dans cer- taines variantes déterminé par trois sauterelles*. Peut-être l'hébreu wbù, sâlham, qui nomme une espèce de sauterelle, a-t-il été emprunté à l'égyptien; h et a s'échangent quelque- fois*.

f\ ^ J ^, AAUI, bêtes à cornes, gros bétail. Il en est ques- tion dans Tune des lettres de notre Papyrus : « Les bêtes à cornes (aaui) de mon seigneur qui sont aux champs sont

1. ChampoUion, Monuments de VÉgypte, pi. XIII.

2. Bunsen ne donne que la dernière syllabe hm, Ideogr., n* 355.

3. Peyron, qui se réfère au passage cité par Zoega, donne olearius comme valeur de c«^iine^.

4. Ce renseignement est à M. Edwin Smith, qui a recueilli an grand nombre de variantes du Rituel.

5. Gesenius, Lex., à h.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 95

en bon état, ses taureaux qui sont aux étables sont en bon étai\ » Ici, AAUi forme parallélisme avec ka, taureau. Le sens bétail est également démontré par le Papyrus d'Orbiney .

^^ ' ' TUTU, est le copte «*.«, passer. Le texte Anastasi a la forme V^i^" ^^^' ^^^*°^ Q^ fournit

une nouvelle preuve de la valeur t pour le petit oiseau voletant.

PI. VI, lig. 4. Ukanu er pa hanuti ta sepi enti pa nekht-ta tan

Néglige le cultivateur le reste qui (est dans) le champ, foulent

8U na aiaui pa aakasu en men aku pa hetar mer ha ha lai les Toleurs; la pioche de fer s'use, le cheval meurt à tirer

skau. la charrue.

Aux différents passages* je rencontre le mot ^S^.

,^^ , ukanu^ le sens paresse, négligence, paraît convenir.

Les scribes sont invités à s'en abstenir; ce serait la racine du copte (<eiuie, piger, remissus. Ce sens, dans tous les cas, convient parfaitement à notre texte.

ijv , NAKHT-TA, a pour Variante 7w\ D'a-

prte Tanalyse des passages il se trouve', et qu'il serait trop long de discuter ici, je conclus que ce mot désigne une terre sur laquelle le blé a été moissonné. Comparez cger, secarCj et ogm-c, ager. Vient ensuite ' ' ' qu'on trouve sous la forme pleine

^y> ûû ^— /) ^ *. La lecture tan est tout à fait hypothé- tique^ le signe i— hh étant de rare occurrence*. Si cette lec-

1. Sallier I, pi. IV, 7.

2. Sallier /, pi. V, 6; Anastasi V, pi. XXIII, 5.

3. Sallier I, pi. IV, 12; ibid., pi. XVII et XIX, revers.

4. Scbllier II, pi. VII, 2; ibid., pi. V, 1; Anastasi VI, pi. II, 11. Ces différents passages jettent peu de jour sur le sens du mot.

5. Bansen, Ideogr., n*614, donne la valear tata-nn.

/T^AAAft

96 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

ture était bonne, le copte tciiho, conterere, fournirait un sens satisfaisant pour notre phrase. Je l'adopterai provisoirement.

® wkr y ^' AAKAsu, qui est ici déterminé par le signe de9 animaux ou des substances animales, se rencontre ailleurs^ avec le paquet noué, déterminatif des noms d'étoSes. Cependant la suite du texte indique que cet objet est d'une espèce de métal, le bronze ou le fer. Le texte Anastasi y substitue le mot pa akau, déterminé par l'hiéroglyphe de ce même métal, une lame dressée. Le copte «.rcc, ascia, cuspis Jerrea, signifiant aussi cinctura, femincdia, nous offre une excellente explication du mot égyptien qui possédait sans doute les mêmes emplois. C'est du moins ce qui semble ré- sulter de l'usage des divers déterminatifs que nous venons de citer et que les scribes de nos Papyrus ont confondus. Laissant de côté l'acception qui fait de ce mot une annexe de l'habillement, nous ne pouvons nous empêcher de recon- naître, dans I'akasu de métal, cet instrument utile qui porte le même nom dans presque toutes les langues : gr. à^ivi], lat. ascia, allem. axt, fr. hache, angl. axe.

Quant au nom du métal lui-même, je l'ai trouvé en rem- placement du mot MBN ou MBNKH*. Il so prouonçait proba- blement ainsi, et nous en retrouvons peut-être la trace dans le copte Àen-ine, ferrum.

iS^^^^*^^» AKU, se rencontre assez souvent dans les textes avec la valeur s'user, s'affaiblir, péricliter, périr; il est conservé dans le copte t-«^ro, corrumpere, interficere, perire. Dans notre phrase, le sens s'user, se détruire, con- vient bien.

x^^^ ^1 Hu, possède des acceptions variées. Radica- lement, il exprime une action d^impulsion comme les mots coptes ^i, ^lOT et £ioTi, dans lesquels on trouve les sens

1. Sallier II, pi. VI, 2; pi. V, 8.

2. Sallier I, pL IV, 6.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 97

jacere, imponere, strepere, percuterCj expandere, cœdere, acuereet beaucoup d'autres. Dans Tégyptien hu, je découvre, entre autres valeurs, celles de conduire le bétail, moissonner, baUre le blé, croître (comme le Nil), etc. Ici, ce mot précède le groupe bien connu qui désigne la charrue, et il est presque impossible de le rendre autrement que par tirer, traîner.

?\,\l^h%.b, Pa skhai menau (ha) meri au-/ smeru shemu

Le scribe du port (est) au débarcardère, il recueille le tribut;

au na ari-sba ker shabut na nahai ker

les officiers (sont) avec des bâtons, les nègres avec des branches

bani au-sen amma-iu uti men oun hu-aen

de palmier, ils (crient) soit donné du grain, non est repousser eux

em purshu. an dehors.

^fL5 wfl. MENAU, est le copte AjioitH, portas. Les

déterminatifs conviennent bien au sens de naore pour rece- voir des vaisseaux ; du reste, ce mot n'est pas rare dans les textes.

, MERI, désigne aussi un endroit rapproché de

l'eau. Dans le Conte des Deux Frères, il est dit que le chef des laveurs va au meri et que c'est qu'il trouve la boucle parfumée apportée par les eaux du fleuve. Je rapproche ce mot du copte Aipu>, navale, portus. La préposition ha, qui manque avant meri, est exprimée dans le texte Anastasi.

(Testa M. Brugsch qu'est due l'identification de %(^ avec g<iMut\ Ce mot signifie à la fois moisson et tribut. Je n'hésite pas à traduire ici smeru shmu, recueillir le tribut, bien que dans les phrases précédentes j'aie rendu la môme expression par : recueillir la moisson. On sait qu'un impôt en nature était établi sur l'agriculture; la fonction du scribe du port

1. Brogsch, Nouoelles Recherches, etc., Berlin, 1856.

BlBL. ÂGYPT., T. X. 7

^T^mil

98 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

consistait sans doute à percevoir cet impôt, au temps de la moisson, sur les cultivateurs riverains du Nil. A la rigueur» pour satisfaire aux objections des philologues difficiles\ on pourrait lire sans forcer le sens de l'égyptien : Le scribe du port est au lieu de débarquement^ et lui {le fermier) il est à recueillir la moisson. L'intention serait la même; il s'agirait toujours de rappeler le lourd impôt qui va être exigé du malheureux cultivateur.

Armés de shabut, copte v^kim^JustiSj bâton, les (] ^

nnr kq. I W 1—1

,. . ^ , ARi-SBA, sont sans doute des agents chargés d as-

L— /Il II o o

sister le collecteur des impôts dans son office et d'administrer la bastonnade aux récalcitrants. Je ne veux pas discuter à fond le groupe ari, dont la signification radicale est voisin, compagnon, copte «^pnoT, vicinus, epKv, socius (dans ncn- epHT). Dans certains cas, c'est une simple préposition avec, sur, gr. âic(, itp<5ç.

Ari-sba est composé d'ARi et du signe inamr qui représente une porte et se lit probablement sbaV Nous pourrions tra- duire portier, gardien de porte, mais le passage qui nous occupe montre que la fonction de I'ari-sba ne consistait pas uniquement à veiller à la porte de quelque édifice.

Que peuvent être les nègres portant des branches de pal- mier ou des dattes? (Copte A*j, rami palmarum, Àeiute^ dactylus). Probablement, des nègres errants cherchant du travail au temps de la moisson et commettant sur leur passage des déprédations au préjudice des cultivateurs. Les Papyrus

1. Sur une scène de moisson dans laquelle deux sortes d'ouvriers tra- vaillent séparément, on lit la double légende : Moisson par les ouvriers du domaine, moisson par les esclaves royaux. Le pharaon faisait ainsi percevoir Tirnpôt en nature au moment de la coupe du blé. Couper le blè, selon l'expression du texte que je cite {Denkm'àler^ II, 107), ou recueillir la moisson, selon celle du Papyrus, c'était pour le Use percevoir Vimpôt, La traduction de M. Goodwin est excellente. (Note du traducteur.)

2. Papr/rus hiùrattgue Let/de I, 348, revers, pi. II, dernière ligne, on trouve la forme -nnnup j^^T^ , qui montre que la lettre initiale est 5.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 99

mentionnent le travail du nègre; il n'est pas douteux que des tribus nègres descendissent la vallée du Nil pour y gagner quelques salaires.

Le dernier membre de phrase est obscur. Rien n'est plus fréquent que l'expression amma, amma-tu, dans le sens im- pératif : donnes, faites que^ utinam, mais dans notre texte la tournure impérative ne serait possible que si l'on admettait l'oubli du verbe tat, dire; dans cette hypothèse, le sens serait manifeste : ils disent : donnez du blé. Il y a lieu de remarquer toutefois que le duplicata Anastasi n'exprime pas non plus le verbe tat ^ .

De ^v rD ? fl' ^^ PURSHU, je ne connais que cet exemple. En copte, ncopog signifie extendere, expandere. On peut, dès lors, comparer em purshu à jul-AoA, extra, foras, littéralement : in solvendo. L'ancien égyptien est bien plus riche que le copte en formes adverbiales de ce genre.

PI.VI, lig. 6. A tt-/ «a nAtt khaa er ta ahat hu-sen em fabukatakai

Il est lié, eavoyé au canal, ils poussent (lui) avec violence,

au tai-fhem-t sanhu-iu em-ta-qf nai-f khartu makhau. sa femme est liée devant lui, ses enfants dépouillés.

5 ^ ^ , SANHu, est le copte cwii^, ligare, coercere.

Cette identification n'a pas besoin de nouvelles preuves. Je conjecture que le cultivateur est forcé de travailler à la

réparation d'un canal ou d'un puits *^^ ^ÏÏÏÏÏJ nu , shet

A^^/VVA

1. Il me parait certain que la phrase est elliptique; la suppression du verbe tat, dire, est d'occurrence assez tvéqxx&ïï^A {Inscription d'Ibsamhotdy Reçue arch,, 1859, p. 722, p. 45-46 de notre tome I"). L'exemple le plus caractéristique se trouve dans V Inscription de Kouban (Prisse, Mon,, pi. XXI, lig. 3 et 4), cette suppression est réitérée trois fois : a Les dieux sont à {dire), notre germe est en lui ; les déesses à {dire) : il est sorti de nous pour exercer la royauté du soleil; Ammon à {dire) : moi, je l'ai fait pour installer la justice à sa place. » {Note du traducteur,)

100 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

(copt. m«^Tc, canalis, cgcore, puteus). Dans un autre Papyrus,

on menace le scribe de l'envoyer au travail du ^ 9 ^^^^ j=l ,

sheth\ Il s'agit probablement, dans Tun et Tautre cas, d'un travail de corvée. Toutefois je dois avouer que le sens n'est pas certain et que, d'après mes premières explications du mot KHAA, on pourrait à la rigueur lire que le cultivateur est jeté au SHET. c'est-à-dire au canal. La variante du Papyrus

Anastasi : ^^^l y '^'''^rii > tahu-tu-f, semble in- diquer qu'il est immergé^ plongéRans Veau.

L'un et l'autre texte ajoutent que cette action est faite em tabukatakai, mot auquel le Papyrus Anastasi donne pour déterminatifs l'homme renversé la tète en bas, les trois lignes de Teau et le bras armé; il s'agit certainement d'une action violente. Le copte nous fournit nnaiaK€,Justigatio, et onoROLeR, rixa.

L'épouse est liée, senhu-tu, et les enfants -^^I^. ô» MAKHAU ; ce groupe est encore un mot nouveau ; le détermi- natif des étoffes ou des vêtements nous laisse le choix entre l'idée LIER et l'idée dépouiller, qui conviendraient Tune et l'autre à notre contexte.

On voit que les violences auxquelles le cultivateur est exposé soit à raison de son impuissance à acquitter l'impôt, soit à la suite des incursions des nègres, s'étendent à sa femme et à ses enfants; l'expression exacte de ces violences nous échappe peut-être, mais l'incertitude cessera dès qu'on aura rencontré des exemples suffisamment nombreux des mots que nous lisons ici pour la première fois.

PI. VI| lig. 8. Naî'/aahu-ta khaa-sen uar nennui naUten uii.

Ses voisins sont partis au loin s'occupant de leur blé.

Dans 1 1 igi <^ 5 ^ HH5 ' sahu-ta, je trouve cctj^.

1. Anastdsi V, pL XXII, 1. 5.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 101

conjungere, et to, terra; de là, conterranei^ contermini. Il est dit du teinturier ou du blanchisseur qu'il est voisin (sahu-ta) du crocodile \

Le sens est que les voisins du cultivateur sont occupés au dehors à leur propre moisson et ne peuvent lui venir en aide.

Pl.Vl,lig.8. Apu em skhaï mente/ kherpu baku en ba neb

Le travail du scribe il excelle les travaux de toute espèce,

\meh\ hesbu-ne/ beku em skhaiu men un-ta-f ehai akh rekh-k su. U n'estime pas travail les lettres, non est à lui taxe. Sache cela.

^*£ Sh I APU, est un mot important et d'emploi très f ré-

quent. Au Papyrus d'Orbiney, il correspond exactement au copte 2.^11, ati-^A.n, in judicio contendere. On le trouve au Papyrus Abbott avec la valeur excepté, dont l'orthographe

ordinaire est plutôt V^. ^ ^ *^ b^*T^'- Avec le dé-

SX H X ^^> H X I

terminatif de la marche, il signifie messager, envoyé, am- bassadeur, copte peut-it-^co&, nuncius. Enfin, dans la phrase qui nous occupe, on peut l'assimiler au copte ^coâ, res, nego- tium, ou cien, ie&, eione, ars, opus, expressions qui sont radicalement identiques. Ce sens travail, occupation, con- vient du reste à une multitude de passages des Papyrus Sallier et Anastasi. Par exemple : J'ai exécuté tous les tra- vaux (apu) qui m'avaient été imposés^; j'ai accompli mon travail (taia em apu)'; taia apu hu ma hapi, mon travail s'accroît comme le Nil*. D'après ces deux derniers passages, on voit que apu, sous cette acception, est du genre féminin ^

1. SalUer II, pUYlll, 1.3.

2. Lepsios, Ausicahl, IX, stèle, 1. 13.

3. Tbid,, XVI, 1. 8.

4. Anastasi VI ^ pi. I, 1. 8.

5. Anastasi IV, pi. IV, 1. 8.

6. Anastasi IV, pi. IV, 1. 10.

7. V. E. de Rougé, Étude sur une Stèle égyptienne de la Bibliothèque Impériale, p. 47. L'éminent égyptologue a laissé la question indécise.

102 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

I^H ^ Ji , KHERPU, s'est conservé dans le copte gopn,

primus, prœvenire. Ce sens convient bien au passage analysé et s'applique aussi très naturellement à une phrase de la stèle de la princesse de Bakhten : Les chefs apportèrent toutes

sortes de bois de la terre divine sur leur dos. o <==>

UA-NEB HER KHERP. . . EW, chocun primant, surpassant Vautre\ Une expression analogue est encore en usage au- jourd'hui.

Au lieu du mot hesbu, le Papyrus Anastasi a men hetera. M. Chabas, qui m'a suggéré plusieurs observations utiles à propos de ce passage, pense que les deux mots hesbu et hetera sont fondamentalement identiques. Suivant lui, la négation men a été omise par le scribe du texte Sallier, à moins que la phrase ne soit interrogative. M. Chabas tra- duirait en conséquence : // n'y a pas de taxe sur le traoail

des lettres, 8 II jc=±i=i i , hesbu, admet en efiEet le sens compte,

rôle de taxes, et ? \\\ , heterau, celui de tribut,

prélèvement, impôt. Toutefois j'ai remarqué que le travail du scribe est distingué soigneusement des travaux manuels, et il m'a semblé que la phrase analysée fait allusion à cette distinction dont les scribes devaient se montrer jaloux. En définitive, je demeure un peu incertain du véritable sens du passage.

SHAiu, est un mot rare. Je le rencontre

m M

I I I

seulement dans un passage il est question de recevoir

1. L'emploi de la préposition m au génitif, quoiqae ordinaire en copte, se voit assez rarement dans l'ancien égyptien. ^\ signifie presque con- stamment en, dans, à, vers, et de, ex, front, La phrase est embarras- sante. Au Papyrus Sallicr II, pi. IX, 1, on lit très clairement : // n*y a pas de professions qui ne soient primées ^ ap sh'au, excepté le scribe, car lui il prime. Après le tableau des misères du laboureur, l'expression AP sh'au, etc., signifierait selon moi : Autre chose est le scribe, car, lui, il prime toute autre profession. (Note du traducteur.)

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 103

cinquante ou cent mesures de métal er sh en smat ^ . Sup- posant un parallélisme dans les deux dernières phrase^ de notre Papyrus, M. Chabas admet le sens redevance^ impôt. Cette acception nous fournit une répétition de l'idée déjà ex- primée : Il n'y a pas à lui imposer de redevances {au travail du scribe) y et, dans la phrase relative à la livraison du métal, elle permettrait de traduire : pour la redevance des smatj c'est-à-dire des serfs attachés aux travaux du temple.

\\ _ , AKH, copte «.g, og, multuSj quantus. Lorsque ce

mot commence la phrase et qu'il est suivi d'un verbe, la phrase a souvent un sens impératif. Seul, il est interrogatif , qui? quoi? Des passages très clairs du Papyrus d'Orbiney le

démontrent suffisamment, fl _ H f *' ^^" tera, si-

gnifie quid nuncf <r> (] ^ , er akh, quantus! adquan- <am;(j(|^^|l^^^_^', ia akh, soit on pourquoi.

Rassemblant les fragments que je viens de discuter et modifiant légèrement les tournures égyptiennes pour les ap- proprier aux exigences du goût moderne, je reproduis main- tenant la lettre d'Âmeneman en son entier :

« Le chef gardien des archives Ameneman, du trésor du » roi, dit au scribe Pentaour : On t'apporte cette lettre de » discours (pour te faire) une communication.

» On m'a dit que tu as abandonné les lettres, que tu es » devenu étranger à la pratique de l'élocution, que lu donnes » ton attention aux travaux des champs, que tu tournes le » dos aux divines écritures. Considère ! ne t'es-tu pas repré- n sente la condition du cultivateur. Avant qu'il ne moissonne, » les insectes emportent une portion du blé, les animaux » mangent ce qui reste; des multitudes de rats sont dans les » champs, les sauterelles tombent, les bestiaux consomment,

1. Anastasi III, pi, VI, dernière ligne.

2. SaUier III, pi. II, 1. 5.

3. Anastasi IV, pi. IX, 1. 4; Salller I, pi. IV, 1. 1.

104 SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES

» les moineaux volent. Si le cultivateur néglige ce qui reste » dans les champs, les voleurs le ravagent; son outil qui est )) de fer s'use ; son cheval meurt en tirant la charrue. Le )) scribe du port arrive à la station, il perçoit l'impôt; il y » a des agents ayant des b&tons, des nègres portant des » branches de palmier; ils disent : a Donne-nous du blé! d » et Ton ne peut les repousser. Il est lié et envoyé au canal; )> ils le poussent avec violence; sa femme est liée en sa pré- » sence, ses enfants sont dépouillés. Quant à ses voisins, ils » sont loin et s'occupent de leur propre moisson. L'occupa- » tion du scribe prime toute autre espèce de travail ; il ne )) regarde pas les lettres comme un travail ; il n'y a pas de » taxe sur lui. Sache cela! »

Cette lettre nous apprend qu'au temps de la XIX* dy- nastie, les scribes ne formaient pas une classe distincte dont les offices se transmissent de père en fils. Des individus ap- partenant aux classes inférieures avaient la faculté de choisir la carrière des lettres, et alors, comme aujourd'hui, une instruction étendue servait d'acheminement aux emplois de confiance et môme aux dignités de l'État. Le titre de skhai, scribe, correspond exactement à l'anglais clerk et au français commis. Il suppose la connaissance indispensable de l'écri- ture, mais il pouvait arriver que la fonction spéciale de certains scribes n'exigeât pas un travail d'écriture. Les scribes égyptiens étaient en effet attachés à des offices très variés, et, bien que l'étude de la langue sacrée soit constam- ment mentionnée comme l'une de leurs attributions, nous les voyons employés dans des postes civils et militaires qui n'ont rien de commun avec la science théologique. Le copte a conservé le nom du c^^ n nceà, scribe maritime, probable- ment un pilote ou un capitaine de vaisseau.

Je considère comme une circonstance digne de remarque la mention de l'emploi du cheval aux travaux de l'agricul- ture \ Aucune autre nation de l'antiquité n'a, je crois, utilisé

1. Le Papyrus d'Orbiaey parle aussi du cheval employé à la charrue.

SUR LES PAPYRUS HIÉRATIQUES 105

cet animal à la charrue. En Egypte, les chevaux étaient, à cette époque, très abondants, et c'est de ce pays que Salomon les importait en Judée. La Genèse mentionne les chevaux au nombre des animaux que les Égyptiens amenèrent à Joseph pour les échanger contre du grain * .

Un grand nombre d'ouvriers étrangers venaient se mettre au service des Égyptiens, notamment des Nahsi ou nègres. Peut-être trouvons-nous un indice de leur emploi au service domestique dans le copte ncg^c-n-m de la version sahidique {Genèse, ch. xiv, v. 14), correspondant au grec olxoYsveTç, littéralement : les nègres de la maison*.

1. Genèse, ch. xLvn, v. 17.

2. Il est permis de doater de Tauthenticité de ce mot (voir Tattam, Lex., s. V. 1.). La veraion memphitiqae a JULec-i6en-fu, dans la maison.

NOTE

SUR

UN POIDS ÉGYPTIEN

DE LA COLLECTION DE M. HARRIS, d'aLEXANDRIE*

Les Égyptiens de l'âge pharaonique ont fait usage de plusieurs espèces de poids dont les monuments nous ont conservé Tindication. Parmi les plus fréquemment employés

sont le et le fl

' ' ' 1 oniD

Il n'est malheureusement pas facile de déterminer avec certitude la prononciation de ces deux noms. A l'égard du premier, le signe initial se rapproche du syllabique r==?,

équivalent de y^ , utn, copte oiporit, libation, offrande* ^

et de ^=, déterminatif accidentel du mot Aj, keb% copte

R(i>&, multiplier, redoubler; mais il est probable que ni Tune ni l'autre de ces valeurs ne conviennent pour le nom de notre poids. Il n'y a de certain que la finale f^^^^^y n, qui nous oblige à préférer le son utn. En l'absence d'équivalents phonétiques bien constatés, j'adopterai provisoirement cette valeur. On a proposé de lire men ou mna; mais je repousse cette lecture, qui ferait supposer une identification ou une relation quelconque entre le poids égyptien et la mine hé-

1. Extrait de la Retue archéologique, 2** série, 1861, t. I, p. 12-17.

2. Champollion, Notices manuscrites, [t. I,] p. 373.

3. Denkmaler, III, 140, d, 2.

108 NOTR SUR UN POIDS ÉGYPTIEN

bralque. Or, il résultera de Tobjet de la présente note qu'aucun rapprochement de cette nature ne doit être tenté. Je rappelle d'ailleurs qu'une mesure égyptienne de capacité porte le nom de men et que le nom en est écrit avec les signes

phonétiques bien connus : , men, à la place desquels on

n'a jamais rencontré

X 0 I

Le nom du second poides est représenté par le signe u .

suivi du ^, T, complémentaire. Ce signe se lit généralement KAT. Il est à remarquer cependant qu'on peut faire à propos de cette lecture les réserves qui résultent des innovations orthographiques spéciales aux basses époques; car la seule preuve directe qu'on ait de la valeur kat se déduit du groupe

ffH ^ , RAKATi, p«.Roi-, RAKOTis, nom dc la bourgade égyp- tienne au voisinage de laquelle Alexandre fonda la nouvelle capitale de l'Egypte. Toutefois, si la valeur kat n'est pas absolument certaine, elle est du moins extrêmement vrai- semblable.

Ces points de difficulté étant exposés, nous nommerons outen le premier poids et kat le second.

Les grandes inscriptions de Karnak, sur lesquelles M. de Rougé vient de publier dans la Revue archéologique^ un si remarquable travail , rendent compte des tribus imposés par Thothmès III aux nations asservies par les armes vie- torieuses de TEgypte. Dans l'énumération des objets divers qui composaient ces tribus, les deux poids desquels nous nous occupons reviennent très fréquemment, et nous les voyons notamment employés pour le pesage de l'or, de l'argent, du lapis, du plomb, de plusieurs gemmes et subs- tances minérales, ainsi que d'objets de métal ouvré.

A la simple inspection de ces mentions, on reconnaît aisément :

Premièrement, que le kat était une subdivision de Vouten,

1. Naméro de novembre 1860.

NOTE SUR UN POIDS ÉGYPTIEN 109

et en second lieu, qu'il fallait plus de neuf kat pour faire un outen\

De plus, en observant que des poids supérieurs à 3,000 outen se trouvent rapportés, on est fondé à penser qu'il n'existait aucune unité supérieure de poids, et le manque absolu de toute indication d'une mesure inférieure au kat démontrait que ce poids était l'unité inférieure de la série.

Mais rien ne permettait d'évaluer la valeur de ces poids, ni leur rapport entre eux. Dans son savant mémoire sur les Annales de Thotbmès III, M. S. Birch comparait le kat à la drachme Rire, et Vouten, qu'il lisait mna, à la mine \ Au surplus, cet éminent égyptologue ne paraît pas avoir attaché une grande importance à ces rapprochements, puisque, dans ses traductions, il se sert des mots égyptiens eux-mêmes^ sans y substituer les valeurs qu'il a suggérées.

M. de Rougé a rendu outen par livrej et kat par once, mais en expliquant qu'il n'entend en aucune manière rien préjuger à l'égard de la valeur réelle de ces mesures.

Je dois à l'obligeance de M. Harris, d'Alexandrie, une communication qui nous permettra d'élucider ce point im- portant de la métrologie pharaonique.

Ce savant antiquaire a acheté à Thèbes le poids figuré dans la vignette ci-contre [de la pagellOJ, que les Arabes venaient de déterrer dans les ruines ils recueillaient le salpêtre pour l'amendement des terres.

C'est un cône tronqué, posé sur sa base la plus étroite et couronné d'une calotte sphérique; la substance est une

1. Denkmaler, III, lig. 32, on trouve l'addition saivante :

1 grosse pierre de lapis pesant 20 outen 9 kat.

2 pierres de lapis vrai, ensemble trois pierres

pesant 30 outen »

Total 50 outen 9 kat.

2. The Annals of Thothmes III, p. 13, note 1.

110 NOTE SUR UN POIDS ÉGYPTIEN

pierre d'un gris noirâtre que M. Harris nomme serpentine du désert. Voici les dimensions du poids : Diamètre à la base de la calotte, centimètres 3,39; Diamètre à la base inférieure du poids, centimètres, 2,413 ; Hauteur verticale jusqu'à la base de la calotte, centi- mètres, 1,706; Épaisseur centrale de la calotte, centimètres, 0,953. Malgré le long séjour que cet intéressant objet d'antiquité a fait dans le sein de la terre, il a conservé son poli ; à peine tes rebords en sont-ils légèrement usés, et M. Harris n'estime pas la perte de poids due à cette circon- stance à plus de trois ou quatre grains Troy.

Sur la calotte est gravée une légende dont le dessin, que j'ai sous les yeux, ne permet pas le déchiffrement; il s'agit du reste tout simplement d'un nom propre, soit celui d'une divinité, soit celui d'un fonctionnaire, et dans l'un ou l'autre cas, ce nom n'a qu'un intérêt fort secon- daire. Heureusement il ne peut exister le moindre doute sur le sens de l'inscription gravée sur la partie conique. On y lit en effet :

immiiH 1

Kat V du tritor tfOn

Nous apprenons ainsi que nous avons affaire A un poids de cinq kat, provenant des magasins royaux de la ville d'On, et peut-être même à un étalon déposé dans ces magasins les pharaons entassaient leurs richesses '. Il ne s'agit pas ici

1. Le PA-HAT, litt. : la demeure blanche, était le trésor, le lien les Egyptiens renfermaient leura richessea de toate nature, ainsi qae le démoDtreot des textes très précis. Voyez notamment : ChampolUon,

NOTE SUR UN POIDS ÉGYPTIEN 111

d'un monument fabriqué pour un usage commémoratif ou funéraire, comme la plupart des coudées qu'on a retrouvées, mais d'un poids exact ayant réellement servi à un pesage officiel d'objets précieux. Cette circonstance augmente nota- blement l'intérêt qui s'attache à cette mesure antique. Il est à peine utile de faire observer que nous ne devons pas être surpris de voir employer à Thèbes une mesure fabriquée à On ou conforme à l'étalon d'On, et ce n'est point ici le lieu de rechercher si ce nom de ville s'applique à Hermon- this ou à Héliopolis.

Reconnu avec soin par M. Harris, le poids de la pierre s'est trouvé égal à 698 grains Troy ; admettons le chijffre de 700 pour tenir compte de l'usure des bords, et réduisons en grammes au taux de 0^064798, nous aurons pour la valeur des cinq kat : grammes, 45,3586^ et pour celle du kat : grammes, 9,0717. Ce point essentiel acquis, M. Harris nous fournit un moyen de constater non moins sûrement la valeur de Vouten.

Nous avons vu que ce dernier poids est nécessairement supérieur à 9 kat. Or, cette déduction est justifiée et com- plétée par un passage très clair du grand papyrus que possède M. Harris et qui contient les Annales de Ramsès IIL II s'agit d'un compte d'or que je reproduis ici d'après un calque relevé sur le manuscrit originel {voir au verso).

De même que M. Harris, je traduis sans la moindre hési- tation :

Or bon, outen 217 kat 5

Or de terre, du pays de Keb-ti, outen 61 kat 3 Or de Cusch, outen 290 kat 8 j

Total : or bon et or de terre ^ outen 569 kat 6 j

Notices manuscrites, [t. I,] p. 531; Sbarpe, Egyptian Inscriptions, pi. CXI, 2; ihid,, 2"* Ser., pi. LUI, 4; Denkmàler, III, 30, lig. 27.

1. Il serait intéressant de rechercher ce que les Égyptiens entendaient par or bon et par or de terre; mais une recherche de cette natare ne

112

NOTE SUR UN POIDS ÉGYPTIEN

peat trouver sa place ici. Les Égyptiens tiraient beaucoup d*or d'Étbîopie (Cusch). Celui du pays de Kebu, c'est-à-dire de Coptos, est sans doute Tor recueilli dans le désert arabique, ainsi que nous rapprennent les inscriptions de Radesieb et de Kouban. Voyez mon mémoire, Sur les Inscriptions de Radesieh [au t. 1*', p. 21-68, de ces Œuvres]^ et celui de M. S. Bircb sur la stèle de Kouban.

I

NOTE SUR UN POIDS ÉGYPTIEN 113

On voit aisément que, du total de 16 kat 1/2, il a été pré- levé 10 kat qui ont ajouté une unité au total de 568 outen. Ainsi donc Vouten vaut 10 kaV ou grammes 90,717, et notre poids de 5 kat est la moitié d'un outen.

Nous apprenons en outre que les subdivisions du kat sont de simples fractions de cette mesure, et non des unités d'une mesure plus petite.

Jusqu'à présent, on s'est borné à tenter entre les mesures égyptiennes, hébraïques et grecques des rapprochements au moyen desquels on a déterminé les valeurs théoriques de ces mesures; mais ces inductions spéculatives, fondées sur de simples assonances ou sur des opinions aussi hasardeuses que celles qui admettent la mesure exacte de la circon- férence du globe terrestre par les anciens, le pèsement de mesures cubes d'eau de pluie ou le mesurage de certaines graines, n'ont selon moi conduit qu'à Terreur. Il est évident tout au moins que ni le sicle hébreu de 6 grammes', ni la mine asiatique' de 362, non plus que la drachme de grammes 3,24, ni la mine grecque de 324 grammes*, ne peuvent être assimilés aux deux poids égyptiens dont nous venons de reconnaître la valeur.

Dans la question des poids et mesures, comme dans toutes celles qui se rattachent à l'histoire et à la chronologie, il faudra se résoudre à laisser parler les hiéroglyphes eux- mêmes : c'est le seul terrain parfaitement sûr. On ne saurait trop répéter que ni les Grecs, ni les Romains n'ont connu la langue égyptienne, et que cette ignorance atténue sin- gulièrement la valeur des renseignements qu'ils nous ont transmis, au moins en ce qui concerne l'Egypte des temps pharaoniques; car il ne peut être question ici des mesures

1. M. Th. Devéria a trouvé dans le Papyrus Vassalli des comptes qui proaven t, comme le Papyrus Harris, que Vouten vaut 10 kat.

2. Saigey, Métrologie, 25.

3. Saigey, Métrologie, 46.

4. Saigey, Métrologie, 35. «

BiBL. ÉGYPT., T. X. 8

114 NOTE SUR UN POIDS ÉGYPTIEN

philétériennes ou ptolémaîques introduites eu Egypte sous